Indians are full of shit !


Drunk Indian
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<< Un exemple extrême, il y a à peu près trois ans de cela, quand j'avais rencontré différents leaders Indiens dans le nord d'une province canadienne. J'étais présent sur l'invitation de ces leaders, qui voulaient discuter de leurs problèmes et solliciter mes conseils. La conversation s'engagea quand je suggérai que les indiens devraient se rassembler, par delà les clivages tribaux, et s'organiser. La conversation ressemblait à peu près à cela :
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Les Indiens : Voilà, on ne peut pas s’organiser.
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Moi : Pourquoi pas ?
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Les Indiens : Parce que c’est une façon de faire venue des hommes blancs.
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Moi : (Je décidai de laisser passer celle là, même si c’était évidemment faux, puisque l’humanité s’est toujours organisée depuis des temps immémoriaux) Je ne comprends pas.
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Les Indiens : Ben, vous voyez… Cela voudrait dire que nous serions corrompu par la culture de l’homme blanc et que nous pourrions perdre nos valeurs.
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Moi : Et quelles sont ces valeurs que vous pourriez perdre ?
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Les Indiens : Ben, il y a toutes sortes de valeurs.
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Moi : Comme quoi ?
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Les Indiens : Ben, il y a la “pêche creative” (creative fishing).
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Moi : Qu’est-ce que vous voulez dire par “pêche créative” ?
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Les Indiens : Ben, pour commencer, quand nous allons pêcher nous nous éloignons de tout. Nous traçons notre chemin dans les bois.
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Moi : Ben, nous les blancs on ne va pas exactement pêcher sur Times Square, vous savez.
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Les Indiens : Oui, mais c’est différent avec nous. Quand nous sortons, nous allons sur l’eau et on peut entendre le bruit des vagues contre le fond du canoë, les oiseaux dans les arbres et le bruissement des feuilles, et – vous voyez ce que je veux dire ?
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Moi : Non, je ne vois pas ce que vous voulez dire. De plus, je pense que c’est juste un tas de merde (a pile of shit). Vous-y croyez vous-mêmes ?
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Cela amena un silence stupéfait. Il faudrait noter que je n’étais pas profane juste pour le fait d’être profane, je faisais cela consciemment. Si j’avais répondu d’une manière tactique, en disant, “Je ne comprends pas vraiment ce que vous voulez dire”, on aurait tourné autour de questions de rhétorique pour les trente jours à venir.
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[La conversation était filmée, et quand ils montrèrent le film à des Canadiens blancs en compagnie des Indiens, les blancs avaient l'air affreusement déconfits.] Quand ce fut fini, un des Indiens se leva et dit, “Quand M. Alinsky nous a dit qu’on était plein de merde (full of shit), c’était la première fois qu’un homme blanc nous parlait réellement d’égal à égal – vous ne nous diriez jamais de telles choses. Vous diriez toujours “Je comprends votre point de vue mais je suis un peu embarrassé”, des choses de ce genre. Autrement dit, vous nous traitez comme des enfants.” >>
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Rules for Radicals Hardcover



La vie, la société, les autres… et la nature, bordel ?


Un spectre hante la jeunesse occidentale : le spectre de Chris McCandless, l’hilare protagoniste d’ “Into The Wild”.
Personnellement, j’étais pas très joisse avant de voir le film. C’est l’histoire d’un mec qui a tout pour réussir mais qui cherche le sens de la vie. C’est pourquoi il crame son cash, crashe sa caisse et casse sa croûte dans le grand NORD, qu’on m’avait dit.
Vous imaginez alors le peu d’enthousiasme que m’inspirait ce pitch. Je me figurais une farandole de hippies, de rastaquouères, de punks à chiens – ou encore pire, de bobos – se relever de leur fange pour saluer leur nouvel héros.
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Et pourtant, je dois admettre que ce film ne m’a pas laissé indifférent, loin de là, impression confirmant bien malgré-moi mon appartenance à la race des bobos, ce qu’une simple analyse en termes d’origine sociale aurait suffit à révéler en toute objectivité.
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Porcupine
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Qu’est-ce qui nous fascine tant dans cette histoire ?
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Déjà, c’est vrai que d’un côté on ne peut pas s’empêcher de penser que ce mec est un enculé (faut voir ce qu’il a fait à sa famille), un ahuri ou tout simplement un petit merdeux égocentrique.
Mais quand même. C’est peut-être mes vieux relents d’éducation de scout qui ressortent, mais putain ça me fait rêver son histoire, et pas qu’un peu.
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S’il fallait ne retenir qu’une scène, je prendrais celle où il ne peut éviter de laisser se gâter la viande de l’élan qu’il vient de tuer – gros plan sur les asticots – ce qui lui inspire cette réflexion dans son journal : “l’un des plus grands désastres de ma vie”. Je ne sais pas pourquoi mais dans mes souvenirs cinématographiques peu de scènes ne m’ont autant marqué ou ne m’ont paru aussi vraies.
Michael Pollan, un éco-journaliste militant du New York Times, s’était mis en tête de composer un repas issu du seul fruit de ce qu’il avait récolté et chassé. Après s’être retrouvé bras écartés et couteau entre les dents face à un poulet terrorisé, il a alors écrit que ce serait la moindre des choses pour n’importe quel mangeur de viande de prendre au moins une fois dans sa vie la responsabilité de saigner le bestiau qui lui servira de pitance…
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Mais revenons-en à Chris McCandless. Comme toute belle histoire, celle racontée dans le film de Sean Penn à partir du livre de Krakauer déforme les faits pour transformer McCandless en héros romantique. Et comme presque toujours, la vérité est beaucoup moins lisse et tire vers le sordide. Jusque là, rien que de très banal.
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Un petit avertissement : il ne s’agit pas ici de jouer au redresseur de torts ni d’énumérer une liste d’incohérences factuelles pour le plaisir. Mais quand on est bercé par une histoire qui place au cœur de son intrigue la quête de la vérité, on est en droit d’en réclamer sa part. Ne serait-ce aussi parce que ce personnage mérite bien qu’on s’intéresse à lui.
D’où ce qui suit : après avoir passé pas mal de temps à me dépatouiller sur la toile, je suis tombé sur plusieurs révélations, ou interprétations divergentes.
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1°Sur la mort de McCandless
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Loin de la fin en forme d’apothéose tragique présentée par le film, où notre héros meurt d’empoisonné en regardant le soleil, McCandless est en fait mort de faim sans la moindre intervention vénéneuse, comme le révélait son autopsie (et comme une merde). Il n’a tout simplement pas réussi à récolter (ou tuer) suffisamment de baies (de gibier) sur une base régulière pour assurer sa subsistance. Ses quatre mois dans la nature sauvage ont été quatre mois d’une longue descente aux enfers vers la famine pure et simple. Ce que les fameuses scènes de la ceinture ne suggéraient qu’à moitié dans le film.
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Ci-dessous, la reconstruction de la courbe de poids de McCandless, estimée d’après un relevé de ses consommations quotidiennes qu’il tenait dans son journal. Ce boulot a été fait par Ron Lamothe, qui a réalisé un documentaire sur le sujet, The Call of The Wild (la plupart des infos présentées ici viennent du lien ci-dessus vers le site de Ron Lamothe).
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Starvation
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2° Sur l’incapacité matérielle de McCandless à rejoindre la civilisation
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On se rappelle que dans le film McCandless ne peut revenir à la civilisation car la rivière qui le sépare de la piste par laquelle il était venu de la highway (qui n’était qu’à 20 miles de son camp) était en crue. Or, à moins d’un quart de mile de là une tyrolienne permettait le passage.
L’auteur du livre nous explique alors que McCandless avait laissé une carte des lieux dans la voiture de l’homme qui l’y avait déposé. Et Krakauer de surenchérir, en expliquant sur le plateau d’Oprah qu’il n’y a plus de tâches blanches sur nos cartes modernes, et que pour trouver la vérité de la nature il faut alors laisser cet instrument derrière soi, et que cet oubli faisait parti du glorieux dessein de son héros.
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Outre qu’il est peu probable que McCandless ait passé presque quatre mois à crapahuter en recherche de nourriture sans s’éloigner de plus d’un quart de mile vers ce coin là, ce qui ferait de lui un aventurier bien peu curieux, le fait est qu’il possédait une cartes et qu’elle indiquait ce passage. Rajoutons aussi qu’à quelques miles de son bus magique se trouvait un abri d’urgence des rangers du parc national, généreusement doté de réserves de nourriture.
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Qu’est-ce qui a donc retenu McCandless ? Innocence, débilité profonde, paresse pathologique, instincts suicidaires ou grandeur d’âme ?
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Crazy ass motherfucker
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3° Sur la santé mentale de McCandless
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Il y a des personnes que McCandless emmerde vraiment. Ce sont d’abord ces habitants qui vivent disons sur l’edge de la wilderness de l’Alaska, qui ont tous rencontré à un moment de leur vie un gamin des “lower 48″ (les Etats restants des US moins Hawaii) qui voulait jouer à l’aventurier, et qui voient depuis quelques années le cas McCandless faire des émules parmi des jeunes paumés qui ont trop lu Nietzsche ou Thoreau. Dès qu’ils ont trois poils de barbe et le cul qui gratte, ils s’enfoncent dans la taïga avec leur bite et un couteau, se retrouvent tôt ou tard en détresse et débordent les services de secours des rangers.
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Fatigués du culte de McCandless (le bus magique est devenu un lieu de pèlerinage pour la “génération X”, un peu comme la tombe de Jim Morrison pour les baby-boomers) des journalistes du Anchorage Daily News défendent la thèse selon laquelle ce dernier était atteint de schizophrénie. Ils invoquent alors sa propension à parler de lui à la troisième personne dans son journal, le fait qu’il se soit inventé un double sous le nom d’Alexander Supertramp, ou encore cette note dans son carnet, indiquant que le but de sa quête était de “tuer son ennemi intérieur”…
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En réponse aux habitants de l’Alaska qui prenaient McCandless soit pour un imbécile heureux, soit pour un malade mental, voilà le commentaire d’ “holmiex” sur un set flickr de photos du bonhomme :
“I’m planning on going to alaska and camping in bus 142, but i’m installing cable TV, internet and heat in the bus just to win the admiration of the alaskans, since they clearly didn’t understand what Chris was about.”
Rien à ajouter.
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4° Le message de détresse de McCandless
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Détail d’importance passé sous silence par le livre comme par le film, ce message laissé par McCandless dans le bus :
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SOS
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Poignant, n’est-il pas ? Pauvre bougre.
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Bon, très bien. Maintenant que l’histoire de McCandless a l’air moins sexy à y regarder de plus près, pourquoi reste-t-elle fascinante ?
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Bien avant que le livre de Krakauer ne sorte en 1996, McCandless avait déjà atteint le statut de “folk hero” parmi la jeunesse désabusée de la génération X (mais si, les jeunes des années 80 et du début des 90, entre Reagan et Nirvana). Quinze ans plus tard, si cette histoire garde tout son attrait, c’est qu’on n’est peut-être ni plus ni moins désabusé que les jeunes de la génération nous précédant immédiatement. Nos darons ont eu Che Guevara ou Mick Jagger, le rêve de la justice ou celui de la jouissance, la génération X comme la nôtre auront eu Chris McCandless ou Kurt Cobain, le rêve de la fuite ou de la déchéance. Après tout, si on a besoin de rêver de ces choses-là, c’est peut-être qu’on est pas si mal lotis dans la réalité. Ce qui est le nœud du problème, aussi bête que cela puisse paraître : si on a tout ce qu’il faut, pourquoi devrait-on encore chercher à avoir plus ?
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Sans remonter jusqu’à la pénible histoire du bon petit sauvage, l’idée d’un retour à la nature a été exaltée de longue date dans l’occident moderne en réaction aux mythes du progrès : romantisme vs positivisme au XIXè, contre-culture écolo vs productivisme à la fin du XXè.
Ce qu’il y a de différent avec cette histoire, si on veut la comparer par exemple aux utopies des 60s, c’est que les hippies comme les gauchistes voulaient réinventer un mode de vie autour du collectif. Notre McCandless, lui, est bien seul et recherche cet isolement. Quel pauvre bougre, vraiment.
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Tout cela fait une bien triste fable, mais ne serait-ce pas là justement le signe d’une belle histoire ?
Et ce qui importe au final, aussi insensée ou égoïste qu’ait pu être son aventure, c’est que ce mec ait montré une voie et puisse être d’une quelconque inspiration. Sa courte existence aura stimulé plus d’hommes et de femmes et réveillé plus d’envies que n’importe quel connard qui a “réussi sa vie” selon les critères modernes de la réussite ne l’aura jamais fait.
Repose en paix, petit gars.
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