La planète est foutue, venez sur Gliese 581 d !


Depuis que des astrophysiciens chevronnés quadrillent le ciel à la recherche d’un monde meilleur, on compte à ce jour 423 exoplanètes, tout ça quinze ans seulement après avoir découvert le premier de ces objets.
Mais parmi ces planètes extra-solaires, les candidats à l’accueil de la vie ne se bousculent pas. Qu’une nouvelle planète soit découverte et la liste des désagréments s’allonge : mal éclairée, mal chauffée, mal ventilée, mal rangée sur son orbite, trop gazeuse, sans parler des conditions météo et de la qualité de l’air, des infrastructures et des services publics…
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Le premier problème est qu’en l’état actuel des connaissances et techniques, seules les exoplanètes géantes, similaires à Jupiter ou Saturne, sont généralement détectables (détection qui s’opère en croisant différentes méthodes de calcul plutôt que par observation directe). Or qui dit planète géante dit boule de gaz flottante, de même que qui dit planète naine dit caillou désolé limite astéroïde, ce n’est qu’entre ces deux extrêmes qu’une planète peut espérer avoir à la fois une composition solide et une atmosphère, condition requise pour un minimum d’hospitalité. Cependant les méthodes de détection s’affinent, et l’on se met à découvrir des corps de plus en plus petits, bien que toujours largement supérieurs à la taille de la Terre.
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Autre obstacle, pour qu’une de ces planètes puisse être un tant soit peu vivable, il faudrait qu’elle se trouve dans la “zone habitable” de son étoile, c’est à dire à une distance qui permette l’existence de l’eau sous forme liquide, ni trop près ni trop loin de son étoile. Cette zone est relativement restreinte : dans le cas de notre système solaire, Vénus et Mars en sont par exemple exclus (Mars est parfois inclus suivant les auteurs).
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Les conditions se compliquent encore parce qu’au sein même de chaque galaxie, les astrophysiciens parlent de “zone habitable galactique”. Si un système se trouve trop près du centre de la galaxie, il risque d’être happé par des trous noirs, se taper des radiations de supernova, des pluies de comètes et d’astéroïdes… A l’inverse, s’il est sur les marges de telle galaxie, il n’aura pas suffisamment d’éléments lourds permettant la formation de planètes telluriques et d’atomes nécessaires à la vie.
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Des conditions bien restrictives donc. Mais sur les 423 exoplanètes, il fallait bien que l’on tombe sur l’une d’elle qui soit un peu moins mal foutue que les autres, ce qui est chose faite depuis avril 2009.
L’heureuse élue se prénomme Gliese 581 d, gravitant autour de l’étoile Gliese 581, dans la constellation de la balance, à quelques 20 années lumière de nous (y’a franchement pire à cette échelle, puisque Gliese 581 est la 87è étoile la plus éloignée de notre soleil). Elle fut découverte en 2007 par une équipe de l’observatoire de Genève, mais ce n’est qu’en avril dernier qu’une révision des calculs a permis de situer cette planète au sein de la zone habitable de son système, alors qu’on estimait auparavant qu’elle était trop éloignée de son étoile.
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Comparaison de notre système solaire avec le système de Gliese 581, zone habitable bleutée (échelle logarythmique)

Comparaison de notre système solaire avec le système de Gliese 581 (échelle logarythmique)

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A quoi ressemble ce petit monde ?
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Commençons par l’étoile Gliese 581 : c’est une naine rouge, d’un tiers la masse de notre soleil, nettement moins lumineuse (environ 1% de la luminosité du soleil), émettant pratiquement dans les infrarouges – ça chauffe beaucoup mais ça éclaire peu, comme les ampoules à incandescence de papa. Contrairement à d’autres naines rouges, Gliese 581 a l’avantage d’être plutôt stable, ne présentant pas d’augmentations soudaines de luminosité, ni d’éruptions.
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Autour de cette étoile, quatre planètes : dans l’ordre – c’est vraiment mal rangé – Gliese 581 e, b, c et d. Les trois premières planètes sont très proches les unes des autres, et elles-mêmes très proches de leur étoile, puisqu’elle font leur révolution entre 3 et 12 jours (Pour un joli GIF animé du mouvement de ce système, voir le Planetary Society Exoplanet Catalog). Gliese 581 e est en elle-même exceptionnelle : à peine deux fois plus grande que la terre, c’est la plus petite exoplanète découverte à ce jour. Sachant qu’il a fallu attendre les cinq derniers années pour découvrir 3 autres planètes d’une taille comparable à Pluton aux confins de notre système solaire, reléguant du coup cette dernière et les trois nouvelles au rang de “planètes naines”, il reste du boulot dans cette direction. Quant à Gliese 581 c, on a d’abord cru qu’elle pourrait être habitable, avant qu’on suppose qu’elle soit soumise à un phénomène d’emballement d’effet de serre (”runaway greenhouse effect”), comparable à ce qui se passe sur Vénus (trop chaud pour résumer).
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Gliese 581 d est elle bien plus lointaine que ses consoeurs. D’une masse sept fois plus importante que la terre – ou une demi Neptune – elle fait sa révolution en 66,8 jours et est située vers la limite extérieure de la zone habitable. Elle recevrait environ seulement 30% de l’intensité de lumière que reçoit la Terre… Après, tout est une question d’atmosphère, il pourrait y faire plus chaud que chez nous.
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A quoi ressemble sa surface ? La planète n’étant pas directement observable, on ne peut qu’émettre des hypothèses. En raison de son volume, l’équipe l’ayant découverte exclut qu’elle soit composée exclusivement de matériaux rocheux. Elle pourrait avoir un coeur rocheux, enrobé dans une couche de glace, avec un océan couvrant toute sa surface… une sorte de banquise inversée. Pourquoi de la glace ? Vu l’âge du système considéré (7 milliards d’années), il y a beaucoup de chances pour que Gliese 581 d ait été une planète gelée située plus loin de son étoile, avant de migrer progressivement vers elle. Il n’y aurait donc pas de plancher océanique : de la surface, l’eau irait au plus profond jusqu’à ce que la pression la transforme en glace (sur ces questions, voir Science Blogs)
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Quid de la gravité ? Je renvoie à ce post d’un forum de nerds, “Gravity on the surface of Gliese 581 d“, ils ne sont pas trop d’accord on va dire qu’elle devrait être environ d’1 à 4 fois plus importante que sur la terre, ce qui devrait être supportable pour nos organismes, du moins à plus ou moins court terme (un peu comme être dans un ascenseur qui monte en permanence, tu peux pas test).
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En revanche, la planète est si proche de son étoile qu’elle a de grandes chances d’être en rotation synchrone avec elle (”tidal lock”) : comme la lune par rapport à la terre, elle aurait toujours la même face éclairée. Si cela est avéré, elle serait donc en permanence brûlante d’un côté et gelée de l’autre – phénomène qui rendrait aussi toute photosynthèse improbable.
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Il n’est pas question d’envisager qu’une forme de vie existe sur cette planète, tellement les paramètres à considérer sont multiples (possibilité d’une photosynthèse, activité volcanique, entretien d’une tectonique des plaques, pour en savoir plus ce lien sur Futura Sciences). Déjà qu’une forme de vie est improbable, de là à considérer une forme de vie intelligente – et quand bien même cette planète avait pu accueillir une “civilisation”, qui dit qu’elle ne se soit pas déjà foutue en l’air il y a fort longtemps… En revanche, elle pourrait être propice à une future colonisation, à condition d’ y envoyer de très jeunes femmes : avec 20 ans de voyage dans le meilleur des cas envisageables, si on arrive un jour à voyager aux environs de la vitesse de la lumière, gare à la ménopause… Encore qu’en voyageant à cette allure on devrait tromper le vieillissement (ou pas ?)…
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Ce qui nous laisse le temps de la voir venir cette fichue planète, et avec 7 fois le volume de la terre, beaucoup de place pour nous épanouir, et tout recommencer…
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Urban Sprawl



Indians are full of shit !


Drunk Indian
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<< Un exemple extrême, il y a à peu près trois ans de cela, quand j'avais rencontré différents leaders Indiens dans le nord d'une province canadienne. J'étais présent sur l'invitation de ces leaders, qui voulaient discuter de leurs problèmes et solliciter mes conseils. La conversation s'engagea quand je suggérai que les indiens devraient se rassembler, par delà les clivages tribaux, et s'organiser. La conversation ressemblait à peu près à cela :
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Les Indiens : Voilà, on ne peut pas s’organiser.
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Moi : Pourquoi pas ?
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Les Indiens : Parce que c’est une façon de faire venue des hommes blancs.
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Moi : (Je décidai de laisser passer celle là, même si c’était évidemment faux, puisque l’humanité s’est toujours organisée depuis des temps immémoriaux) Je ne comprends pas.
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Les Indiens : Ben, vous voyez… Cela voudrait dire que nous serions corrompu par la culture de l’homme blanc et que nous pourrions perdre nos valeurs.
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Moi : Et quelles sont ces valeurs que vous pourriez perdre ?
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Les Indiens : Ben, il y a toutes sortes de valeurs.
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Moi : Comme quoi ?
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Les Indiens : Ben, il y a la “pêche creative” (creative fishing).
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Moi : Qu’est-ce que vous voulez dire par “pêche créative” ?
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Les Indiens : Ben, pour commencer, quand nous allons pêcher nous nous éloignons de tout. Nous traçons notre chemin dans les bois.
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Moi : Ben, nous les blancs on ne va pas exactement pêcher sur Times Square, vous savez.
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Les Indiens : Oui, mais c’est différent avec nous. Quand nous sortons, nous allons sur l’eau et on peut entendre le bruit des vagues contre le fond du canoë, les oiseaux dans les arbres et le bruissement des feuilles, et – vous voyez ce que je veux dire ?
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Moi : Non, je ne vois pas ce que vous voulez dire. De plus, je pense que c’est juste un tas de merde (a pile of shit). Vous-y croyez vous-mêmes ?
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Cela amena un silence stupéfait. Il faudrait noter que je n’étais pas profane juste pour le fait d’être profane, je faisais cela consciemment. Si j’avais répondu d’une manière tactique, en disant, “Je ne comprends pas vraiment ce que vous voulez dire”, on aurait tourné autour de questions de rhétorique pour les trente jours à venir.
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[La conversation était filmée, et quand ils montrèrent le film à des Canadiens blancs en compagnie des Indiens, les blancs avaient l'air affreusement déconfits.] Quand ce fut fini, un des Indiens se leva et dit, “Quand M. Alinsky nous a dit qu’on était plein de merde (full of shit), c’était la première fois qu’un homme blanc nous parlait réellement d’égal à égal – vous ne nous diriez jamais de telles choses. Vous diriez toujours “Je comprends votre point de vue mais je suis un peu embarrassé”, des choses de ce genre. Autrement dit, vous nous traitez comme des enfants.” >>
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Rules for Radicals Hardcover



La vie, la société, les autres… et la nature, bordel ?


Un spectre hante la jeunesse occidentale : le spectre de Chris McCandless, l’hilare protagoniste d’ “Into The Wild”.
Personnellement, j’étais pas très joisse avant de voir le film. C’est l’histoire d’un mec qui a tout pour réussir mais qui cherche le sens de la vie. C’est pourquoi il crame son cash, crashe sa caisse et casse sa croûte dans le grand NORD, qu’on m’avait dit.
Vous imaginez alors le peu d’enthousiasme que m’inspirait ce pitch. Je me figurais une farandole de hippies, de rastaquouères, de punks à chiens – ou encore pire, de bobos – se relever de leur fange pour saluer leur nouvel héros.
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Et pourtant, je dois admettre que ce film ne m’a pas laissé indifférent, loin de là, impression confirmant bien malgré-moi mon appartenance à la race des bobos, ce qu’une simple analyse en termes d’origine sociale aurait suffit à révéler en toute objectivité.
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Porcupine
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Qu’est-ce qui nous fascine tant dans cette histoire ?
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Déjà, c’est vrai que d’un côté on ne peut pas s’empêcher de penser que ce mec est un enculé (faut voir ce qu’il a fait à sa famille), un ahuri ou tout simplement un petit merdeux égocentrique.
Mais quand même. C’est peut-être mes vieux relents d’éducation de scout qui ressortent, mais putain ça me fait rêver son histoire, et pas qu’un peu.
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S’il fallait ne retenir qu’une scène, je prendrais celle où il ne peut éviter de laisser se gâter la viande de l’élan qu’il vient de tuer – gros plan sur les asticots – ce qui lui inspire cette réflexion dans son journal : “l’un des plus grands désastres de ma vie”. Je ne sais pas pourquoi mais dans mes souvenirs cinématographiques peu de scènes ne m’ont autant marqué ou ne m’ont paru aussi vraies.
Michael Pollan, un éco-journaliste militant du New York Times, s’était mis en tête de composer un repas issu du seul fruit de ce qu’il avait récolté et chassé. Après s’être retrouvé bras écartés et couteau entre les dents face à un poulet terrorisé, il a alors écrit que ce serait la moindre des choses pour n’importe quel mangeur de viande de prendre au moins une fois dans sa vie la responsabilité de saigner le bestiau qui lui servira de pitance…
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Mais revenons-en à Chris McCandless. Comme toute belle histoire, celle racontée dans le film de Sean Penn à partir du livre de Krakauer déforme les faits pour transformer McCandless en héros romantique. Et comme presque toujours, la vérité est beaucoup moins lisse et tire vers le sordide. Jusque là, rien que de très banal.
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Un petit avertissement : il ne s’agit pas ici de jouer au redresseur de torts ni d’énumérer une liste d’incohérences factuelles pour le plaisir. Mais quand on est bercé par une histoire qui place au cœur de son intrigue la quête de la vérité, on est en droit d’en réclamer sa part. Ne serait-ce aussi parce que ce personnage mérite bien qu’on s’intéresse à lui.
D’où ce qui suit : après avoir passé pas mal de temps à me dépatouiller sur la toile, je suis tombé sur plusieurs révélations, ou interprétations divergentes.
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1°Sur la mort de McCandless
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Loin de la fin en forme d’apothéose tragique présentée par le film, où notre héros meurt d’empoisonné en regardant le soleil, McCandless est en fait mort de faim sans la moindre intervention vénéneuse, comme le révélait son autopsie (et comme une merde). Il n’a tout simplement pas réussi à récolter (ou tuer) suffisamment de baies (de gibier) sur une base régulière pour assurer sa subsistance. Ses quatre mois dans la nature sauvage ont été quatre mois d’une longue descente aux enfers vers la famine pure et simple. Ce que les fameuses scènes de la ceinture ne suggéraient qu’à moitié dans le film.
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Ci-dessous, la reconstruction de la courbe de poids de McCandless, estimée d’après un relevé de ses consommations quotidiennes qu’il tenait dans son journal. Ce boulot a été fait par Ron Lamothe, qui a réalisé un documentaire sur le sujet, The Call of The Wild (la plupart des infos présentées ici viennent du lien ci-dessus vers le site de Ron Lamothe).
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Starvation
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2° Sur l’incapacité matérielle de McCandless à rejoindre la civilisation
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On se rappelle que dans le film McCandless ne peut revenir à la civilisation car la rivière qui le sépare de la piste par laquelle il était venu de la highway (qui n’était qu’à 20 miles de son camp) était en crue. Or, à moins d’un quart de mile de là une tyrolienne permettait le passage.
L’auteur du livre nous explique alors que McCandless avait laissé une carte des lieux dans la voiture de l’homme qui l’y avait déposé. Et Krakauer de surenchérir, en expliquant sur le plateau d’Oprah qu’il n’y a plus de tâches blanches sur nos cartes modernes, et que pour trouver la vérité de la nature il faut alors laisser cet instrument derrière soi, et que cet oubli faisait parti du glorieux dessein de son héros.
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Outre qu’il est peu probable que McCandless ait passé presque quatre mois à crapahuter en recherche de nourriture sans s’éloigner de plus d’un quart de mile vers ce coin là, ce qui ferait de lui un aventurier bien peu curieux, le fait est qu’il possédait une cartes et qu’elle indiquait ce passage. Rajoutons aussi qu’à quelques miles de son bus magique se trouvait un abri d’urgence des rangers du parc national, généreusement doté de réserves de nourriture.
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Qu’est-ce qui a donc retenu McCandless ? Innocence, débilité profonde, paresse pathologique, instincts suicidaires ou grandeur d’âme ?
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Crazy ass motherfucker
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3° Sur la santé mentale de McCandless
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Il y a des personnes que McCandless emmerde vraiment. Ce sont d’abord ces habitants qui vivent disons sur l’edge de la wilderness de l’Alaska, qui ont tous rencontré à un moment de leur vie un gamin des “lower 48″ (les Etats restants des US moins Hawaii) qui voulait jouer à l’aventurier, et qui voient depuis quelques années le cas McCandless faire des émules parmi des jeunes paumés qui ont trop lu Nietzsche ou Thoreau. Dès qu’ils ont trois poils de barbe et le cul qui gratte, ils s’enfoncent dans la taïga avec leur bite et un couteau, se retrouvent tôt ou tard en détresse et débordent les services de secours des rangers.
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Fatigués du culte de McCandless (le bus magique est devenu un lieu de pèlerinage pour la “génération X”, un peu comme la tombe de Jim Morrison pour les baby-boomers) des journalistes du Anchorage Daily News défendent la thèse selon laquelle ce dernier était atteint de schizophrénie. Ils invoquent alors sa propension à parler de lui à la troisième personne dans son journal, le fait qu’il se soit inventé un double sous le nom d’Alexander Supertramp, ou encore cette note dans son carnet, indiquant que le but de sa quête était de “tuer son ennemi intérieur”…
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En réponse aux habitants de l’Alaska qui prenaient McCandless soit pour un imbécile heureux, soit pour un malade mental, voilà le commentaire d’ “holmiex” sur un set flickr de photos du bonhomme :
“I’m planning on going to alaska and camping in bus 142, but i’m installing cable TV, internet and heat in the bus just to win the admiration of the alaskans, since they clearly didn’t understand what Chris was about.”
Rien à ajouter.
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4° Le message de détresse de McCandless
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Détail d’importance passé sous silence par le livre comme par le film, ce message laissé par McCandless dans le bus :
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SOS
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Poignant, n’est-il pas ? Pauvre bougre.
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Bon, très bien. Maintenant que l’histoire de McCandless a l’air moins sexy à y regarder de plus près, pourquoi reste-t-elle fascinante ?
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Bien avant que le livre de Krakauer ne sorte en 1996, McCandless avait déjà atteint le statut de “folk hero” parmi la jeunesse désabusée de la génération X (mais si, les jeunes des années 80 et du début des 90, entre Reagan et Nirvana). Quinze ans plus tard, si cette histoire garde tout son attrait, c’est qu’on n’est peut-être ni plus ni moins désabusé que les jeunes de la génération nous précédant immédiatement. Nos darons ont eu Che Guevara ou Mick Jagger, le rêve de la justice ou celui de la jouissance, la génération X comme la nôtre auront eu Chris McCandless ou Kurt Cobain, le rêve de la fuite ou de la déchéance. Après tout, si on a besoin de rêver de ces choses-là, c’est peut-être qu’on est pas si mal lotis dans la réalité. Ce qui est le nœud du problème, aussi bête que cela puisse paraître : si on a tout ce qu’il faut, pourquoi devrait-on encore chercher à avoir plus ?
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Sans remonter jusqu’à la pénible histoire du bon petit sauvage, l’idée d’un retour à la nature a été exaltée de longue date dans l’occident moderne en réaction aux mythes du progrès : romantisme vs positivisme au XIXè, contre-culture écolo vs productivisme à la fin du XXè.
Ce qu’il y a de différent avec cette histoire, si on veut la comparer par exemple aux utopies des 60s, c’est que les hippies comme les gauchistes voulaient réinventer un mode de vie autour du collectif. Notre McCandless, lui, est bien seul et recherche cet isolement. Quel pauvre bougre, vraiment.
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Tout cela fait une bien triste fable, mais ne serait-ce pas là justement le signe d’une belle histoire ?
Et ce qui importe au final, aussi insensée ou égoïste qu’ait pu être son aventure, c’est que ce mec ait montré une voie et puisse être d’une quelconque inspiration. Sa courte existence aura stimulé plus d’hommes et de femmes et réveillé plus d’envies que n’importe quel connard qui a “réussi sa vie” selon les critères modernes de la réussite ne l’aura jamais fait.
Repose en paix, petit gars.
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