Encore mieux que “Mais qui a tué Pamela Rose ?”, le plus américain des films français de ces vingt dernières années, j’ai nommé “Le Grand Pardon II” d’Alexandre Arcady !
Bon d’accord le film date de 1992, mais quand même il me semble qu’il a été un peu vite oublié, alors rendons-lui justice.
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L'affiche officielle du flim
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Je ne sais pas qui a eu la chance de tomber sur ce film hier soir sur France 3, mais je dois dire que j’ai été bluffé. Scarface et Le Parrain revisités à la sauce (piquante) pied-noir dans un seul opus, c’est plus qu’un programme, une performance ! Alors certes, d’aucuns dirons que Le Grand Pardon premier du nom était plus abouti (perso je ne l’ai pas vu*), et que cette suite dissout toute l’intensité dramatique du premier dans un enchaînement de poncifs et de scènes prévisibles, mais quand même, pour une fois qu’un film français se montre aussi ambitieux… Et puis il suffit de sourire aux moments où l’on devrait frémir, et ça marche, sans même trop forcer !
De la même façon, admettez que pour regarder Scarface au premier degré il faut vraiment se faire violence, à moins d’accorder le moindre crédit à la morale néofasciste libéral-conservatrice de Tony Montana (J’ensenglante la ville pour faire fructifier mon business mais ne touchez pas à ma soeur parce que j’ai des principes).
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Le pitch en quelques lignes : la famille Bettoun, des caïds juifs pied-noirs engagés dans diverses activités peu recommandables du proxénétisme au trafic de cocaïne, est réunie à Miami pour fêter la sortie de prison du patriarche Raymond (Roger Hanin, épatant), qui a confié ses affaires à son fils, Michael, pardon Maurice (Richard Berry qui joue les jeunes premiers). C’est là que les choses se gâtent, entre règlements de compte avec les mafias locales, trahisons et vengeances familiales…
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Il faut absolument voir ce film pour la confrontation entre Roger Hanin et Christopher Walken (Pasco Meisner dans le film), qui joue le rôle d’un gros bonnet fils d’un officier nazi et féru de lévriers.
La scène se passe dans un restaurant, Walken, qui est sur un coup fumant avec le fils d’Hanin, s’invite à la table de ce dernier. Le ton monte rapidement.
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Le redoutable Paco Meisner
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Hanin : “
I’ve seen many guys like you going to prison. The 2d day, we all know they are pussies…”
Walken : “
Are you calling me a woman ?”
Hanin, impassible “
…And the third day, we fuck them.” (élégamment traduit par “On les encule” dans les sous-titres français)
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Et Christopher Walken de rajouter, quand Hanin quitte le resto : par respect pour ton grand âge, je vais essayer d’oublier cet incident, mais ça va être très dur !
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Il faut aussi voir Jean-François Stévenin dans le rôle de l’avocat blond et chauve (aucun lien avec Tom Hagen dans Le Parrain) manier le fusil à pompe !
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Et Gérard Darmon dit “L’indien”, déjà grisonnant et mythique dans un rôle de crapule vengeresse, évoquer son passé torturé face à l’océan ! On n’y croit pas une seule seconde mais que c’est bon.
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Le Clan Bettoun au procès de Maurice
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Et que dire des apparitions remarquées du mètre soixante de Jean Benguigui. Alors que Walken a kidnappé Berry (qui soit dit en passant lui crache du sang à la gueule), Roger Hanin organise la résistance chez les Bettoun. Il confie à chacun de ces hommes des tâches plus dangereuses les unes que les autres, quand arrive le tour de Benguigui :
“Oui Raymond ?”
“Va me préparer un café.”
“Tout de suite Raymond, comme tu les aimes !”
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Bref, rien que pour ces quelques morceaux de bravoure, mais aussi pour le pittoresque accent juif pied-noir, le décor très Miami Vice, la musique et les scènes baroques de rituels religieux du clan Bettoun, il faut saluer ce film, qui n’a pas d’égal dans la production cinématographique française.
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Deux jours plus tard, j’ai regardé le Grand Pardon, impatient de rentrer dans la saga des Bettoun. Ce premier opus est de toute évidence moins torché que le second et on retrouve avec plaisir Bacri ou Bohringer, mais on regrette qu’il aille beaucoup moins loin que le II, d’autant plus qu’il est tout aussi difficile de le prendre au sérieux. Autrement dit, il n’est pas assez mauvais pour être bon, c’est juste une oeuvre moyenne, tout juste sauvée par une distribution audacieuse.
1 Comment | In: Pop Culture | tags: Accent, Bettoun, Christopher Walken, Gérard Darmon, Huile d'Olive, Jean Benguigui, Jean-François Stévenin, Juif, Kippour, Le Grand Pardon, Le Parrain, Mafia, Nazi, Pied-Noir, Richard Berry, Roger Hanin, scarface. | #