Sticker visible au dos de véhicules
UN PEU DE SERIEUX…
Après maintes diversions, attaquons à présent si vous le voulez bien un sujet plus sérieux, à savoir la Nouvelle-Orléans. Je connais partiellement cette ville façon touriste pour l’avoir visitée une dizaine de fois durant l’année précédent l’ouraggan Katrina.
Je l’ai tout de suite trouvée unique et fascinante, j’aimerais donc vous faire partager un peu de cela, pour vous faire découvrir ce “paradis pour fous” comme avait écrit je ne sais plus quel auteur à propos de sa situation géographique vulnérable.
Par où commencer ?
Avant de considérer les changements apportés par Katrina et de présenter des aspects de la lutte qui se joue actuellement dans cet immense chantier, nous pouvons nous attarder un peu sur la situation exceptionnelle de la Nouvelle-Orléans par ses caractéristiques géographiques, historiques, culturelles, etc,etc…
Anatomie d’une cité créole
Une île vautrée au milieu des marécages

Natural Levee = digue naturelle formée par la sédimentation des cours d’eau ; Swamp = marais boisés ; Coastal Marsh = marécages, “landes côtières”
Pour avoir une idée de la Nouvelle-Orléans, il faut d’abord se l’imaginer comme une île, au sens imagé comme littéral. L’agglomération est cernée par les eaux : au nord, le Lac Pontchartrain, un immense lac très peu profond - pas plus de 10 mètres de fond à son maximum - relié à la mer par un passage à l’est et traversé sur un axe nord/sud par une voie rapide construite sur pilotis ; au sud, des marais ainsi qu’un lac de taille plus modeste, le Lac Salvador ; à l’est, le Lac Borgne, qui est en fait une baie ouverte sur le Golfe du Mexique ; à l’ouest, d’autres marais (et non pas des bayous, les bayous étant des cours d’eau stagnants traversants les marais). L’agglomération de la Nouvelle-Orléans est coupée en deux par le Mississippi, toutefois l’immense majorité de celle-ci s’étend sur la rive gauche du fleuve. Certains auteurs ont évoqué une analogie entre la forme de la Louisiane et celle d’une bottine, le Mississippi en étant le lacet. Imaginez alors que cette bottine est dans la boue jusqu’ aux chevilles, la Nouvelle Orléans serait alors légèrement plus en bas des boucles de ce lacet.
Un des paradoxes de cette ville réside dans le fait qu’elle soit entourée d’eau, débouchant sur le Golfe du Mexique, et qu’il y soit pourtant impossible d’y apercevoir la mer.
Au début du XXème siècle, des systèmes de pompes très performants ont permis d’assécher les marais qui freinaient le développement de la ville vers le nord, elle a ainsi pu s’étendre hors de ses limites naturelles jusqu’aux rives du Lac Pontchartrain, ce qui a provoqué un affaisement du sol qui continue encore aujourd’hui sous le poids des infrastructures urbaines (connu comme le phénomène de “subsidience”). L’agglomération forme ainsi une cuvette dont le centre est enfoncé sous le niveau de la mer.
**image manquante
Sur cette photo satellite, on peut se rendre compte d’une parti du système de digues qui entoure la ville, surligné en jaune. On peut ainsi se représenter cette ceinture comme le rivage de l’île de la Nouvelle Orléans. Ce que l’on voit ici n’est que très partiel, de multiples digues transversales séparent plusieurs morceaux de l’agglomération en “bassins” le long de canaux. Ces digues sont soit en terre (formant des sortes de collines allongées), soit en béton, pour la plupart améliorées dans les années 60. Le Mississippi lui-même est entouré de digues de terre (earthen levees) construites par les premiers colons Français pour se protéger des crues.
Cette île est donc relativement isolée du continent, à une heure de route de Baton Rouge et des “hautes terres” de Louisiane et de l’Etat du Mississippi. En même temps la Nouvelle Orléans, en tant que port majeur, a toujours été ouverte sur le reste monde et sur le bassin des Caraïbes en particulier, beaucoup plus qu’elle ne l’était sur les Etats-Unis. Son isolement a été peu a peu rompu par un système d’autoroutes construites sur pilotis dès les années 50, néanmoins le visiteur arrivant du nord par la voie terrestre sait qu’il entre dans un territoire étranger quand du haut de son siège il aperçoit la route s’élancer à travers les marais de cyprès.
Deux grands axes la rattachent au reste du continent : “l’Highway 61″ qui court le long du Mississippi jusqu’au Minnesota via Memphis et Saint Louis (la “blues highway” ) et “l’Interstate 10″ qui relie Jacksonville en Floride à Santa Monica, Californie, en passant notamment à travers Pensacola, New Orleans, Houston, El Paso et Phoenix.
**image manquante
La Nouvelle Orléans est donc une quasi-île dans sa topographie, mais l’on pourrait aussi dire qu’elle est un îlot culturel à part, une sorte d’isolat créole fier de sa différence. Tolérante, festive et catholique, la ville demeure une exception au coeur de la Bible Belt américaine, cernée par une barrière de “Red States” acquis au conservatisme et au fondamentalisme religieux. La ville a su rester à part du reste de l’Amérique, aidée en cela par son isolement géographique et son histoire particulière.
Créolitude et américanisation
Les Français ne sont restés en possesion de la Nouvelle-Orléans que durant un demi-siècle, de 1718 à 1763, et à leur départ la ville ne comptait que 2 000 habitants dont un tiers d’esclaves, pourtant l’impact culturel de la France sur la ville et la région sera énorme. En 1762, Louis XV est empêtré dans la guerre de Sept Ans contre l’Angleterre, guerre qui se déroule tant en Europe qu’en Inde, aux Antilles et en Amérique du Nord. Partout les possessions coloniales françaises sont menacées. Sentant venir la fin le roi décide alors de céder la Louisiane à l’Espagne, son alliée, par un traité secret. Cela l’empêchera de tomber aux mains des Anglais, contrairement au Canada et à l’Inde. Après plusieurs rébellions de la population de la Nouvelle-Olréans les Espagnols parviennent à en prendre le contrôle en 1769. Malgré le changement de couronne, les Français continuent de dominer les hautes positions administratives et commerciales dans la colonie. C’est le français que l’on enseigne dans les écoles, c’est encore le français qu’apprendront les colons étrangers, qu’ils soient allemands ou espagnols. A partir de 1762, les Français Canadiens de Nouvelle-Ecosse (les Acadiens, qui deviendront par déformation les Cajun) qui avaient été déportés par les Britanniques au début de la guerre s’établissent dans le sud de la colonie.
La ville grandit, sa population atteint 8 000 habitants quand Napoléon force l’Espagne à lui céder en retour la Louisiane en 1800. La France reprendra matériellement possesion des lieux en 1803 pour tout vendre trente jours plus tard à la jeune république américaine dans ce qui est encore décrit aujourd’hui comme la meilleure transaction immobilière de tous les temps (la Louisiane fut vendue à 0,04 cents l’hectare si je me souviens bien…). Cette vente est connue sous le nom de “Louisiana purchase”.
Napoléon a vendu la Louisiane car il ne pouvait dépêcher des forces suffisantes pour la protéger des attaques navales anglaises, de plus il voulait s’attirer les sympathies américaines dans sa lutte contre le Royaume-Uni. On reconnaît la clairvoyance de l’empereur dans ce mot à ce sujet : “Je viens de donner à l’Angleterre une rivale maritime qui tôt ou tard abaissera son orgueil”.
Entre temps des aristocrates Français ayant fuit la Révolution s’installent dans la ville, suivis par d’autres qui fuient cette fois-ci la révolte des esclaves de Saint-Domingue (Haïti).

Les habitants de la Nouvelle-Orléans nés ici durant la période coloniale, issus du métissage des cultures française, espagnole et parfois africaines sont appelés les CREOLES. Au sens large, tout Français ou Espagnol natif de la Louisiane coloniale est appelé Créole, ainsi que ses descendants, et il en va de même pour les africains nés en Louisiane coloniale. Ceci est très important, la Nouvelle-Orléans est donc une ville créole c’est à dire franco- hispano- afro- caribéenne, ce qui n’a rien à voir avec la culture Cajun, qui ne sont qu’une poignée de rednecks dégénérés par des mariages consanguins incessants, qui jacassent un patois primitif incompréhensible de n’importe lequel de nos compatriotes le mieux intentionné et se nourissent de créatures étranges et répugnantes qu’ils extirpent du fond des marécages.
Les Créoles s’opposeront farouchement aux nouveaux venus Américains. Ces derniers reprochaient aux Créoles leur oisiveté, leur arrogance d’aristocrates et leur goût prononcé pour la débauche, les jeux d’argent et les divertissements, tandis que les Créoles reprochaient aux Américains leur matérialisme, leur puritanisme et leur envahissement sauvage des lieux. Dès 1840 ces derniers deviennent majoritaires.
Jusqu’au début du XXème siècle, le bilinguisme est la règle, avant que l’anglais ne prenne définitivement le dessus, aidé en cela par une loi de 1916 qui interdit l’enseignement du français comme première langue dans les écoles publiques. On n’entend plus parler français dans la ville aujourd’hui sauf par réminiscences dans quelques expressions ponctuelles comme “beaucoup”, “beignet”, “mardi gras”, “banquette” (pour désigner les trottoirs)
Revenons à l’histoire. La ville s’est transformée. Son port se développe, les bâteaux style “Huckleberry Finn” apparaissent (les steamboats), le commerce est fructueux. La ville attire beaucoup de monde, elle tient à peu près le rôle qui sera celui de Chicago vers la fin du siècle puis de Los Angeles dans la seconde moitié du XXème siècle, celui d’un eldorado économique sur le front des migrations américaines. Des Irlandais suivis d’Allemands et plus tard d’Italiens viendront en nombre s’y établir. La Nouvelle-Orléans se présente alors comme la première cité vraiment multi-culturelle du monde moderne. Le français et l’anglais y cohabitent (sans compter les langues parlés par les immigrés chez eux), de même que catholiques et protestants, noirs et blancs, sans compter les coolies chinois qui travaillent sur les docks…
Recensement de 1860
| rsons |
Number |
Percent |
| Total Population |
168,675 |
100 % |
| |
|
|
| African-American |
24,074 |
14 % |
|
Slaves
|
13,385 |
8 % |
|
Free Persons of Color
|
10,689 |
6 % |
| European-American |
144,601 |
86 % |
| Native Born |
78,333 |
46 % |
| Immigrants |
66,268 |
39 % |
|
Irish
|
24,398 |
14 % |
|
German
|
19,675 |
12 % |
|
French
|
10,564 |
6 % |
|
British
|
3,849 |
2 % |
|
Spanish
|
1,390 |
1 % |
|
Italian
|
1,019 |
1 % |
| Other Immigrants |
3,373 |
2 % |
Quand la guerre de sécession éclate, les deux tiers des millionaires américains possèdent une plantation sur River Road entre New Orleans et Baton Rouge. La ville est peuplée de 170 000 habitants, ce qui en fait la cinquième agglomération du pays et la métropole de tout le sud (rôle aujourd’hui dévolu à Atlanta ou Houston qui ne comptaient pourtant à l’époque qu’entre 5 000 et 10 000 habitants).
Dès le début de la guerre New Orleans tombe aux mains des Nordistes sans combats majeurs. La suite de l’histoire est connue, le sud se soumet, les esclaves sont émancipés. Notons que la cité comptait plusieurs milliers “d’hommes de couleur libre”, des esclaves affranchis parfois métissés avec du sang aristocratique. Ceux-ci étaient généralement défiants des autres noirs qu’ils tenaient en mépris, certains possédaient même des esclaves.
Le problème de la place des noirs
là ce n’est plus vraiment l’histoire de la ville mais c’est une question essentielle pour bien comprendre ce qui s’y joue…
L’émancipation des noirs ne marque pas le fin de leurs problèmes. Les Yankees veulent humilier le sud que la guerre a déjà ravagé et imposent des noirs à la tête de l’administration (un noir sera même lieutenant gouverneur de Louisiane, une sorte de sous-gouverneur). Le sud réagira par des intimidations, une défiance et une violence extrêmes à l’égard de la communauté noire (Ku Klux Klan etc). Aucune occasion n’était manquée pour rappeler à l’homme noir son infériorité. Tout au long du XIXème siècle les “Minstrel shows” étaient très en vogue, une forme de spectacles théatraux où des blancs se coloriaient la face en noir et parodiaient de façon dégradante les afro-américains. Le noir y était vu comme un joyeux amuseur féru de dance et de musique, paresseux, supersitieux et puéril.

Bon, je m’y connais pas trop sur ce sujet complexe, on ne va pas rentrer dans les détails mais en gros il y a dans ce problème une dimension psychologique qu’on sous-estime ; issue de la frustration et de l’humiliation des uns et des autres, de la méfiance et de la compétition entre les communautés, ce qui fait qu’encore aujourd’hui il y a un immense déficit de confiance des blancs envers les noirs et vice-versa bref c’est un gros bordel et ça envenime les relations de la vie de tous les jours. En gros, pour faire très simple, les noirs reprochent aux blancs de les tenir en infériorité encore aujourd’hui tandis que les blancs leur reprochent de se complaire dans leur situation de victimes et d’en tirer avantage. Beaucoup de blancs ont une trouille terrible des noirs. Cette peur n’est pas nécessairement la peur du “noir criminel”. Si les blancs ont si peur c’est qu’ils pensent, consciemment ou non, que les noirs ont de bonnes raisons d’en avoir après eux. Cette peur est assortie d’une mauvaise conscience alimentée elle-même par le souvenir de l’esclavage et des luttes plus récentes qui furent menées dans bien des Etats du sud pour empêcher la déségrégation. Dans ce même ordre d’idées la crainte des révoltes d’esclaves était un phénomène obsédant dans la conscience collective sudiste, la moindre rumeur en ce sens pouvant tourner à la psychose.
Ayons juste en tête le fait que les noirs ont été tenus en esclavage durant plus ou moins deux siècles, puis relégués au rang de citoyens de seconde zone durant un siècle, n’ayant été intégrés et acceptés, de manière très inégale, que depuis les années 60-70 (Martin Luther King, mouvement pour les droits civiques etc.). Cette histoire est d’une violence terrible, violence physique aussi bien que morale, et encore aujourd’hui on peut ressentir pleinement les rapports de force passés dans les regards et comportements des uns et des autres, domination, soumission, humiliation, rébellion… C’est un cercle sans fin, assez déconcertant pour le spectateur européen. Ayant passé 10 mois en Louisiane comme étudiant à Baton Rouge je peux m’avancer là -dessus même si mes observations sont à prendre avec précaution, bref c’est vraiment complexe, c’est un problème autant dissimulé dans le discours et l’apparence que criant par le contraste visible entre les habitats / habitus des uns et des autres.
Une apocryphe de l’histoire afro-américaine pourrait être la formule de Cleveland dans un épisode de Family Guy (Les Griffin) à propos des règles du jeu d’un monopoly sur le mouvement des droits civiques. A Peter qui lui demande comment peut-on gagner à ce jeu, Cleveland lui répond “You don’t win, you just do a little better each time…”

“the ol’ ball-n-chain has you pretty whipped“, = “le vieux boulet et les chaînes vous ont pas mal fouetté”, référence à l’esclavage et son effet supposé, par héritage, sur le caractère apathique de Cleveland. Ce genre de référence aux effets de l’esclavage sur la “psyché” collective des noirs américains est assez courant.
Qu’en est-il de la place des noirs à la Nouvelle-Orléans ?
Les noirs ont toujours été minoritaires jusque dans les années 70. D’après le recensement de 2000, ils sont majoritaires à 67%, cela étant du en partie au phénomène de White Flight : durant les années 60, les blancs craignant l’émancipation des noirs et/ou profitant d’opportunités nouvelles (automobile, cadre de vie… ) quittent le centre-ville pour les banlieues. La population intérieure des villes décroit, tout comme l’assiette fiscale locale puisque les habitants les plus aisés s’en vont vers de nouvelles municipalités suburbaines. Il en résulte d’énormes problèmes sociaux et des désordres financiers… Ce phénomène a toutefois été contrebalancé à la Nouvelle-Orléans par l’existence de quartiers historiques prestigieux au centre ville.
La ségrégation de l’habitat est importante à la Nouvelle Orléans. De nombreux indices mesurent ce facteur, ils nous indiquent qu’il existe une énorme ségrégation des pauvres, beaucoup plus importante que la ségrégation raciale (ainsi le “isolation of poor index” de la Nouvelle-Orléans, mesurant la probabilité qu’une personne vivant sous le seuil de pauvreté a d’habiter un quartier peuplé à majorité de personnes vivant elles aussi sous le seuil de pauvreté est le plus important des Etats-Unis derrière El Paso, Texas). Le phénomène de ghetto est, du moins dans cette ville, un phénomène d’exclusion sociale plutôt que d’exclusion raciale. La ségrégation raciale y demeure moins élevée qu’à New York ou que dans la plupart des grandes villes du nord. Certains quartiers comme Algiers, Tremé ou le Faubourg Marigny sont assez mélangés (mixed neighborhood). Le métissage entre noirs et blancs y est plus fréquent qu’ailleurs. Ce métissage remonte parfois �à la période coloniale, les Français et les Espagnols ne voyant pas d’objection particulière aux relations sexuelles interraciales, ce qui n’était pas accepté dans les colonies britanniques. Si New Orleans se montre par bien des aspects plus tolérante et libérale que d’autres villes du sud, le racisme y sévit toutefois comme ailleurs. En 1989 la communauté suburbaine de Métairie a élue un leader du Ku Klux Klan, David Duke, comme représentant au congrès sous l’étiquette républicaine.
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Habitats blancs et noirs dans le quartier de Broadmoor, vu sur Google Earth. Le passage d’un quartier blanc à un quartier noir se voit plus par la présence de la végétation - luxuriante chez le premier et quasi-absente chez le second - et à l’état général de la voirie qu’Ã l’habitat lui-même. La quasi-totalité des résidents riches comme pauvres habitent dans des maisons individuelles avec jardins ouverts sur rue.
Le tracé jaune n’est là que pour faire mieux ressortir ce contraste, et évidemment les quartiers ne sont pas totalement homogènes. De même cette ligne ne doit pas être interprêtée comme une frontière, les riches du “bon” côté connaissent leurs voisins pauvres de l’autre côté et vont à leur rencontre lors de réunions de quartiers, de barbecues et autres évènements sociaux. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de quartier riches et de quartier pauvres, même s’il serait d’un autre côté hypocrite de nier le facteur racial dans ce phénomène : la discrimination raciale dans le logement reste encore bien établie aux Etats-Unis malgré les efforts légaux entrepris pour réprimer ces pratiques.
Culturellement, aucune ville américaine n’a été aussi marquée par les noirs que la Nouvelle-Orléans. Le premier quartier noir des Etats-Unis est Tremé, au nord du quartier français (Vieux Carré), constitué dès les années 1810. Réduits en esclavage pour la plupart, déracinés à leur terre et arrachés à leur peuple et famille, les noirs ont beaucoup perdu, notamment la langue qui est comme on le sait bien en France le socle de toute culture. Mais à la Nouvelle-Orléans ils se retrouvent concentrés alors qu’ils sont éparpillés en milieu rural dans le reste du sud. Ils réussiront ici mieux qu’ailleurs à maintenir et développer leur(s) culture(s). Au niveau de la religion, cela passe par le vaudou, très en vogue à la Nouvelle-Orléans, la haute société blanche n’hésitant pas à faire appel à des “prêtresses” vaudou tout au long du XIXème siècle.
La cuisine locale sera influencée par les noirs, puisque l’okra, une plante africaine fileuse assez étrange entre dans la composition du “gumbo”, une espèce de soupe à tout faire non moins étrange emblématique de la cuisine créole/cajun. (si Créoles et Cajuns sont deux cultures bien distinctes, leur cuisine se rejoint)
L’apport culturel le plus considérable, extraordinaire, foisonnant de créativité et de vigueur s’exprime sur le terrain musical. Les esclaves étaient autorisés, un dimanche par mois, à se réunir au nord du quartier français à “Congo Square”. De leurs échanges, ponctués de danses et de rythmes de tam-tam naîtra le jazz, influencé par la musique classique apportée par les Français. Au début du XXème siècle le genre commence à prendre forme avant d’exploser dans l’entre deux-guerres (Louis Armstrong est natif de la ville). Non content d’avoir inventé le jazz à la Nouvelle-Orléans, rappelont que les noirs américains ont également inventé le blues (dans le Mississippi) et le rock, bien avant Elvis Presley, qui choqua une certaine frange de la société américaine puisqu’on disait de lui qu’il était “acting black” dans ses postures corporelles et déhanchements provocateurs. Quand au hard rock, la plupart des premiers hits de Led Zeppelin étaient des reprises de vieux standards de blues (”Whole Lotta Love” vient de “You Need Love” de Muddy Waters pour ne citer qu’un exemple). Mais cela est une autre histoire, l’histoire d’une forme de dépossession culturelle qui rajoute encore une couche au problème complexe des relations entre noirs et blancs dans ce pays…
Un état des lieux de la Nouvelle-Orléans
La Nouvelle-Orléans possède de nombreux quartiers distinctifs, nous allons ici en identifier quelques uns parmi les plus intéressants.
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Notez qu’Ã la Nouvelle-Orléans les termes downtown et uptwon sont utilisés en référence à l’écoulement de la rivière, ainsi tous les quartiers situés au sud du centre des affaires sont “Uptown”, le reste de la ville étant “Downtown”.
1: French Quarter (Vieux Carré) : le coeur historique de la cité, construit autour de la Cathédrale St Louis par les Français sur en plan en damiers de 1722, reconstruit par les Espagnols en 1795. Regroupe la majorité des bars et clubs de la ville le long de Bourbon Street, de nombreux hotels et restaurants ainsi que des boutiques d’antiquité sur Royal Street.

2: Faubourg Marigny : premier faubourg historique de la ville, au caractère créole très marqué notamment dans son architecture. La scène alternative de New Orleans y a élu domicile, de nombreux clubs branchés débouchent sur Frenchmen Street. La population y est majoritairement blanche avec une importante minorité noire.

3: Tremé : quartier noir historique, lieu de naissance de nombreux musiciens de jazz, regroupait le red light district de Storyville avant sa démolition. L’on y trouve les plus beaux cimetières de la cité. Le quartier vit depuis quelques années un phénomène de gentrification.
4: CBD (Faubourg St Mary): centre des affaires de taille et d’activité plutôt réduite. Les gratte-ciel et sièges sociaux des banques, administrations et compagnies d’assurance sont regroupés autour de Poydras Avenue, tandis que Camp Street présente d’élégants buildings des années 20. Le stade multiplexe du Superdome y fut construit dans les années 70, c’est le plus grand dôme suspendu au monde.
5: Warehouse District : district des entrepôts qui fut le centre de l’activité portuaire avant sa délocalisation vers l’Est. En plein boom immobilier depuis l’exposition internationale de 1984. Des galeries d’art réputées s’y sont depuis implantées tandis que d’anciens batiments industriels sont réhabilités en lofts, condominiums ou hotels.
6: Lower Garden District : cet ancien quartier déprimé est lui aussi en plein boom, l’on y trouve de belles demeures néo-gothiques ou néo-grecques construites au milieu du XIXème siècle par les premiers occupants américains. Au sud serpente Magazine Street, une artère commerçante majeure s’étendant sur plusieurs kilomètres, ponctuée de boutiques excentriques et de restaurants populaires.
7: Garden District : le centre de la haute société néo-orléanaise, à la végétation luxuriante et aux imposantes maisons coloniales de styles variés. Délimité au sud par Magazine Street et au nord par St Charles Avenue, célèbre pour son alignement de chênes majestueux et son tramway (streetcar), la plus vieille voie ferrée encore en activité dans le monde puisque le tramway y a déambulé sans interruption depuis 1835.
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8: Central City : un quartier défavorisé, dépourvu de tout sauf d’églises (il regroupe la majorité des lieux de culte de la ville). La cité HLM de Magnolia, lieu de naissance du rapeur Juvenile, avait la triste réputation de concentrer la criminalité de la ville avant sa démolition récente.
9: Mid-City : quartier à majorité noire coupé en deux par l’autoroute I-10, regroupe des centres commerciaux. La communauté latino de la ville y est également établie, se partageant principalement entre Mexicains, Cubains et Porto-Ricains.
10: Irish Channel : beaucoup d’Irlandais s’installèrent ici quand ils émigrèrent d’où son nom. Aujourd’hui le quartier est à majorité noire. On peut y admirer des blocks entiers de “Shotgun houses”, maisons étirées tout en longueur et dépourvues de couloir où les pièces se succèdent les unes aux autres, appelées ainsi parce que l’on pourrait tirer avec un fusil à pompe par la porte d’entrée et voir les plombs ressortir par la porte arrière.

11: Universities : Les campus des universités privées de Tulane et de Loyola (jésuite) y furent érigés au tournant du XXème siècle, le long d’une bande de terre allongée faisant face au parc Audubon, qui abrite notamment le zoo de New Orleans.
Algiers : situé sur la rive droite du fleuve, longtemps accessible par le seul biais du ferry (gratuit) avant la construction du Greater New Orleans Bridge dans les années 50. Ce quartier historique de la communauté noire abrite une importante minorité blanche.
Sur cette photographie aérienne, l’on peut voir le Superdome à gauche, domicile des New Orleans Saints, qui est au football américain ce que le PSG est au foot français niveau performances.
Derrière le centre des affaires on devine assez bien le Vieux Carré, c’est en fait un rectangle qui s’étire le long du coude formé par la rivière. Jusque dans les années 60 on pensait qu’il serait impossible de construire des gratte-ciel à cause de la qualité particulière des sols et sous-sols de la ville. Depuis beaucoup furent érigés, notamment durant le boom pétrolier des années 70-80. Le plus haut, le One Shell Square Building, semblable à un mini World Trade Center (gris, en plein milieu) mesure près de 200 mètres de haut.
Pour avoir un ordre de grandeur, on peut dire que la Nouvelle Orléans est assez comparable à Marseille ou Lyon par sa population : près de 500 000 habitants dans la ville même et 1,3 millions dans l’agglomération ; en revanche elle est 3 à 4 fois plus étendue. Le Mississippi est lui environ une fois et demi à deux fois plus large que le Rhin à Strasbourg.
A l’échelle américaine, ces “mensurations” font de la Nouvelle Orléans une ville moyenne. Ce n’est que la 35ème agglomération du pays alors qu’elle occupait la troisième place en 1840 juste derrière New York et Baltimore. Heureusement le rayonnement culturel de la ville dépasse de loin son nombre d’habitants, bien que cela ne se ressente principalement que par le tourisme.
La Nouvelle-Orléans est ainsi la première destination américaine pour l’organisation de congrès et conférences ce qui est une source de revenus non négligeable pour la municipalité. La ville vit du tourisme avant tout, accueillant un bon million de visiteurs chaque année, notamment durant le carnaval de la Nouvelle Orléans, qu’on appelle ici Mardi Gras. Cet évènement majeur dans la vie de la cité est préparé méticuleusement et célébré sans retenue durant les deux semaines précédant le mardi gras. Parmi les évènements culturels notables on peut aussi citer le festival international de jazz (Jazz Fest, en avril). Si l’exploitation touristique a des conséquences parfois malvenues sur l’authenticité des expressions culturelles locales qui se retrouvent détournées et vulgarisées, au niveau de l’aménagement urbain cela a permis au centre ville de rester dynamique par la création d’hotels et la réhabilitation de nombreux batiments.
La Nouvelle-Orléans est assez atypique parmi les métropoles de la Sun Belt de par l’orientation de ses activités économiques. Alors qu’Atlanta, Houston ou Dallas regorgent d’activités industrielles de pointe et excellent dans les services hautement qualifiés, New Orleans vit du tourisme, de l’activité de son port et de ses raffineries de pétrole. La manne pétrolière pouvait faire espérer un véritable décollage dans les années 70 (les chocs pétroliers de 1974 et 1979 ayant rendu le pétrole américain plus attractif pour la consommation intérieure que le pétrole échangé au prix des cours mondiaux), mais le secteur s’est retrouvé en crise dès les années 80 et s’est replié sur Houston qui en a seule profitée, concentrant les postes de décision dans ce domaine.
Au niveau industriel, seul le port s’en sort plutôt bien, le commerce s’étant même accru ces dernières années. En tonnage, le port de la Nouvelle-Orléans est le deuxième des Etats-Unis après celui de New York. Combiné avec le port de Louisiane du Sud (Port of South Louisiana) situé quelques kilomètres en amont de la ville cela en fait le premier port de l’hémisphère occidental. Le site de la ville en fait un débouché naturel pour les marchandises et matières premières à destination du marché américain puisqu’elle contrôle l’embouchure du fleuve qui irrigue le coeur du continent. De même, beaucoup d’exportations américaines descendent le fleuve et passent par la Nouvelle-Orléans, notamment les productions agro-alimentaires des grandes plaines. L’activité est incessante, d’ailleurs où que l’on soit le long du Mississippi de son delta jusqu’Ã Baton Rouge il ne peut se passer deux minutes sans qu’une péniche ne se découvre à l’horizon.
La majorité des habitants de la Nouvelle-Orléans font vaguement partie des classes moyennes inférieures, travaillant dans la restauration ou l’hôtellerie pour des salaires de misère quand ils ont la chance d’avoir un emploi. Cette situation économique accompagnée du désengagement de l’Etat des prestations sociales depuis Reagan ont contribué à pousser de nombreux habitants vers la misère, et, même si le lien n’est jamais automatique, les conditions sociales se dégradant, le taux de criminalité a fortement augmenté à New Orleans depuis 20 ans, dépassant celui de villes comme Detroit. En 1994, 421 personnes ont été assassinées dans la ville (85.8 pour 100 000 personnes), ce qui constitue un record historique pour une ville américaine qui n’a pas encore été battu à ce jour. En 2002 et 2003 la ville se plaçait au premier rang national pour le nombre de meurtres par habitants. Le crime est d’abord un problème pour les noirs. 90% des meurtres sont “noirs sur noirs”. 80% sont liés au trafic de drogue. La majorité des personnes assassinées sortaient de prison dans les mois précédant leur mort (je ne me souviens plus exactement des chiffres). D’après un sondage, 90% des blancs se sentent en sécurité dans leur entourage (surroundings) contre seulement 25% des noirs.

Inscription “Thou Shalt Not Kill !” (you shall not kill) en référence au commandement biblique. Cette inscription peut aussi se lire sur d’immenses panneaux publicitaires, en lettres majuscules blanches sur fond bleu, avec le mot “not” souligné.
Cette situation économique et sociale chaotique paraît être acceptée par les habitants comme une partie de la culture de la ville, qui a longtemps patie de son image de ville “méditerranéenne”, oisive, corrompue, décadente… Voici venu le moment de parler de “l’atmosphère” de New Orleans.
Moiteur et décadence
New Orleans est indissociable de son climat. Il marque le voyageur dès la sortie de l’avion qui, à moins de débarquer entre novembre et mars, est assailli par cette chaleur moite, enveloppante et étouffante. Le climat est subtropical, chaud (disons entre 10 et 20 degrés l’hiver, de 25 à 35 degrés l’été) et très humide. Même s’il ne pleut pas très souvent, l’atmosphère est constamment imprégnée de cette humidité collante balayée par le Golfe du Mexique qui parait donner à la température extérieure 10 degrés de plus qu’il n’en est réellement. Et quand il pleut, c’est l’averse tropicale, des marres gigantesques se forment sur les trottoirs et les rues en quelques minutes, puis plus rien. Ce climat imprègne toute la ville d’une atmosphère de négligeance et de décrépitude, et n’est pas étranger à la prolifération de la végétation semblable par endroit à une force mystérieuse dévorant des batiments entiers sans que personne n’ait l’air de s’en soucier.

Dans l’esprit de beaucoup d’Américains, New Orleans est d’abord la ville des excès et du vice. Deux surnoms de la ville expriment cette idée, le plus connu bien sûr “The Big Easy” mais aussi “The City That Care Forgot”.
New Orleans est avant tout un port, et comme beaucoup de ports elle a une longue tradition d’accueil temporaire d’hommes célibataires en transit avec les commerces qui y sont associés. De même qu’Amsterdam, Rotterdam ou Hambourg ont une longue tradition de tolérance à cet égard, la Nouvelle-Orléans était pour les Etats-Unis le centre du commerce de la chair. Le seul “Red Light District” de toute l’histoire américaine y fut établi de 1902 à 1917 (le fameux Storyville), lorsque l’armée décida de fermer tous les bordels de la ville suite aux excès de nombreux soldats stationnés ici avant de partir combattre dans nos contrées.
Cette image sulfureuse perdure jusqu’à nos jours, et même s’il n’existe plus de maisons closes (cf “The House of the Rising Sun” ) nombre de sex shops et de peep shows ont pignon sur rue, beaucoup plus que dans aucune autre ville américaineà l’exception de Las Vegas.
La dépravation morale paraît institutionnalisée comme forme de gouvernement par le recours de la corruption. Et la corruption fait aussi parti de la culture de la ville, ce depuis la colonisation française (d’après un avis d’historien américain que je me suis procuré, mais on pourra objecter qu’ à cette époque - à part peut-être dans les colonies puritaines de Nouvelle-Angleterre - tous les gouvernements du monde étaient pourris jusqu’à la moëlle).
La police de la ville (NOPD) était notamment réputée pour ses scandales de corruption. Un service entier avait même était condamné pour trafic de drogue au sein de la NOPD au début des années 90. On peut aussi évoquer, toujours à la même époque, l’histoire de ce flic qui avait commandité à un tueur à gage l’assassinat d’une femme ayant portée plainte contre lui pour violence policière.
Pour le touriste cette image de débauche et de décadence est associée à Bourbon Street, la rue centrale du quartier français qui offre une grande concentration de bars, sex shops, clubs et bouis-bouis en tous genres sur les 8 premiers blocks de sa longueur (près d’un kilomètre). Quant au local de New Orleans il évite souvent cette rue, lui préférant en terme de divertissements nocturnes les clubs de blues “alternatifs” de Frenchmen Street dans le Faubourg Marigny ou d’autres adresses situées Uptown sur Tchoupitoulas Street. Bourbon Street est réputé pour son “jus” (Bourbon Street Juice), ce vocable désignant le mélange fétide d’alcools, de crasse et de sécrétions d’origines variées qui borde les deux côtés de la rue contre chaque trottoir (l’évacuation des eaux est un problème insoluble à la Nouvelle-Orléans, nombre de bouches d’égoût sont bouchées ou inutilisables)
Mais cette impression de décadence à la Nouvelle-Orléans peut aussi se présenter d’une manière plus feutrée et tout aussi touristique, en arpentant les rues mystérieuses bordées de magnifiques chênes “toujours verts” (live oaks ou evergreen oaks) du Garden District, en passant devant ces élégantes demeures endormies de style néo-grec ou italianisant qui laissent imaginer le style de vie de la haute société avant la Guerre de Sécession.
Cette ambiance délétère peut tourner au morbide si l’on décide de visiter les cimetières (cf la scène du trip dans Easy Rider). L’on raconte que pour éviter de voir flotter des cadavres dans les rues à chaque innondation qui remuait la terre et ouvrait les tombeaux les colons se mirent à construire ces petites maisonnettes, modestes mausolées en guise de sépulture que l’on peut observer dans les nombreux cimetières de la ville, à Tremé, au Garden District ou à Mid City. Pour d’autres cet usage remonterait à la coutume espagnole d’enterrer les morts au dessus du sol.

La satisfaction des sens
La Nouvelle-Orléans a ses défauts. On peut la trouver trop sale, négligée, vulgaire, trop touristique. Il n’empêche, il y a une chose qu’on ne pourra pas lui retirer, c’est d’être un des endroits qui offrent la meilleure musique, la meilleure bouffe et la meilleure boisson au monde.
OK, à Paris ou à New York un amateur de l’un ou l’autre de ces plaisirs aura plus de chances de trouver ce qui correspond précisément à ses attentes. Mais la Nouvelle-Orléans a un immense avantage sur ces rivales culturelles qui ne combattent pas dans la même catégorie : ce sont l’authenticité et le caractère unique de ce qu’elle a à offrir.
Musique made in New Orleans, cuisine indigène façon créole ou cajun, cocktails maisons (le premier cocktail fut inventé par un pharmacien de la Nouvelle-Orléans qu’il prépara dans un coquetier).
Je ne pense pas qu’il existe d’endroits, en France voire en Europe, où l’on puisse écouter autant de musique live “au vol” qu’Ã la Nouvelle-Orléans. En se promenant dans le quartier français ou au Faubourg Marigny, en passant devant n’importe quel bar, club de jazz, de blues ou de rock, on est tout de suite attiré par l’omniprésence de la musique. Il y en a pour tous les goûts, c’est très souvent gratuit, rarement décevant et toujours excitant. Cela peut aussi se vivre, avec un peu de chance, en croisant dans une rue anonyme un orchestre d’une école de quartier (nombre de musiciens de la ville ont commencé à jouer pour leur école). Tout le monde connaît aussi les “jazz funerals”, ces fanfares qui suivent le cortège lors d’un enterrement. Si la tradition perdure notamment quand un musicien disparaît, il me semble qu’elle se fait plutôt rare. Les habitants sont invités à suivre cette fanfare, en prenant garde de s’y placer derrière et non devant où les places sont réservées aux proches du défunt. On appelle ces suiveurs la “second line”.

Alton “Big Al” Carson au Funky Pirate
Question nourriture, la Nouvelle-Orléans est l’endroit où vous devez être si vous appréciez les crustacés. Les crevettes et les écrevisses sont ici à l’honneur, des écrevisses généreuses d’un rouge vif que l’on vous servira dans des restaurants corrects pour 7-8 dollars la corbeille pleine.
De manière plus conviviale on peut les déguster lors d’un crawfish boil, une sorte de fête culinaire où des sacs entiers d’écrevisses vivantes sont cuites dans d’immenses marmites puis disposées sur une table, chacun se tenant autour et se servant à sa guise. Des épis de maïs grillés accompagnent souvent les écrevisses lors de ces évènements. Pour les amateurs d’exotisme la soupe de tortue est recommandée, préparée selon les traditions indiennes. Le plat de tous les jours est le jambalaya, une sorte de paella très épicée composée de riz complet accompagné de diverses viandes (poulet, chorizo, andouille) et d’écrevisses, le tout cuisiné le plus souvent avec du céleri, des oignons et des poivrons. La ville regorge de restaurants, populaires, touristiques ou luxueux, de quoi combler tous les appétits pour tous les budgets. A noter Popeye’s, un fast food similaire au KFC mais originaire de la ville et orienté vers la cuisine locale (on y sert du poulet à toutes les sauces, de préférence épicées)

Si vous devriez par malheur sombrer dans l’alcoolisme, atterissez vite à la Nouvelle-Orléans avant votre clochardisation définitive afin d’y finir vos jours. “Cette ville adore les ivrognes” comme pourrait dire Raoul Duke à son sujet. Fait unique au Etats-Unis, on peut y boire dans la rue sans être inquiété par la police, et, comble de l’hypocrisie, il existe partout dans l’agglomération des drive-thru à daïquiris. Les bars abondent au quartier français et ses alentours, les videurs sont eux très laxistes par rapport à l’age légal fixé à 21 ans pour consommer, ils laisseront rentrer plus d’un touriste dans leur établissement sans aucune vérification. Cela peut faire sourire pour un Européen, mais il faut garder à l’esprit que New Orleans est à cet égard dans une situation unique aux Etats-Unis, et que si ce pays a toujours su déployer un arsenal répressif considérable envers la consommation d’alcool ce n’était que par réaction à des comportements excessifs dans l’autre sens. New Orleans se veut la “party capital of the world” (c’est du moins ce que disent les t-shirts) et pour le néo-orléanais la consommation ostensible d’alcool est une manière de célébrer son appartenance à la culture locale. Parmi les alcools et cocktails du cru, citons le Southern Comfort, une sorte de brandy au goût suave que l’on peut désormais trouver en France, le cocktail sazerac (sucre, amer, whisky, pastis, lamelle de citron), le fameux “hurricane” (rhum blanc, rhum jamaïcan, baccardi, jus d’orange, jus d’ananas, une pointe de grenadine)…
Accordons une mention spéciale au “hand grenade”, un cocktail savoureux bien qu’assez traître particulièrement apprécié des touristes, à la recette gardée secrète. Originaire du bar Tropical Island, il n’est servi que dans trois établissements de Bourbon Street, uniquement dans de longs tubes en plastique verts fluos au cul de la forme d’une grenade, ce qui donne à son consommateur un effet redneck assuré. Malgré son orientation commerciale à destination des touristes ce coktail est vraiment délicieux, je ne me rappelle pas avoir déjà bu de préparation alcoolisée plus savoureuse que celle-ci. D’après le site internet drinksmixer.com le hand grenade serait composé des ingrédients suivants, dans la même proportion pour chacun : gin, everclear (alcool de maïs à 95°), liqueur de melon, rhum, vodka… Sainte Mère de Dieu tout puissant… J’ignore quel cerveau détraqué a accouché de l’idée perverse qui consiste à vendre une telle abomination à des touristes égarés dans une ville à la criminalité galopante, mais je ne peux que m’incliner devant le génie de ce sadique. Au vu de sa composition ce n’est pas étonnant que le hand grenade revendique être “New Orleans most powerful drink”. En tout cela fait un taux d’alcool de 48° (il est donc recommandé de le diluer dans de l’eau ou de la glace), et un score de 9,7 / 10 pour 151 votes sur le site précité.
Quelques aperçus…
Photographies prises par moi-même et une amie en 2004-2005.
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Canal Street, la “main street” de New Orleans. Le quartier français sur la gauche, le centre des affaires (CBD) à droite, les tramways et le Mississippi au bout. Le chapeau du gratte-ciel NBC Center est enveloppé de brume. En haut à droite, une pub pour le Southen Comfort.
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Une rue du quartier français avec ses maisons colorées et ses emblématiques balcons en fer forgé. A noter que le quartier français est d’architecture espagnole, ayant été reconstruit à la fin du XVIIIème siècle après que deux incendies eurent ravagé les structures françaises.
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“Shotgun houses” doubles dans un quartier non-identifié.
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Decatur Street, entre le quartier français et le fleuve. On peut y voir l’enseigne du restaurant créole Tujague’s.
Je crois que notre petit tour historico-culturel touche ici à sa fin, sur cette passons maintenant à la partie sombre de l’affaire, à savoir la situation présente de la ville et les luttes qui la traversent autour des questions soulevées par sa reconstruction.
Si vous désirez en savoir plus je vous conseille l’excellent site A Psychogeographic Guide to the City of New Orleans ainsi que la page du Greater New Orleans Community Data Center.
Lutte des classes chez les Sudistes

Ne revenons pas sur Katrina, chacun a pu suivre ces évènements dans l’actualité, mesurer l’ampleur des dégats et juger de l’inaction du gouvernement fédéral, quand il ne déployait pas une réponse militaire face à une crise humanitaire. Rappelons juste que l’ouraggan a fait près de 1 800 victimes. Plus de 1 000 personnes sont toujours portées disparues. Evidemment qu’elles sont toutes mortes, mais ce chiffre a son importance puisqu’il se traduit par la découverte, encore aujourd’hui, semaines après semaines, de cadavres enfouis depuis plus d’un an sous les décombres.
Rappelons aussi qu’il y a une forte corrélation entre la valeur foncière et l’élévation du sol à la Nouvelle-Orléans. Les quartiers historiques sont tous situées au-dessus du niveau de la mer, en bordure du Mississippi tandis que nombre de quartiers pauvres à majorité noire sont situés “back of town” là où croupissaient des marais de cyprès il y a encore un siècle. La ville forme une cuvette, les hauteurs étant sur les rives du Lac Pontchartain et du fleuve Mississippi.
Le quartier noir d’Irish Channel en bordure du fleuve Uptown, le quartier d’Algiers rive droite et le quartier suburbain de Lakeview à l’ouest du City Park sont de notables exceptions à cette règle, les deux premiers étant des quartiers noirs au-dessus du niveau de la mer, le dernier étant un quartier blanc en-dessous du niveau de la mer.
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Sur cette carte on peut voir en violet les zones à majorité noire ; hachuré en jaune les zones sous le niveau de la mer ; en rouge les limites de la municipalité de New Orleans. A noter que le long de la frontière Est de la municipalité les digues n’ont pas cédé, ainsi les quartiers suburbains blancs de la ville de Kenner (en haut à gauche) n’ont pas été inondées. Pour information, les régions situés à l’est de la ville sont en partie couvertes de marais et par conséquent peu peuplées. Le carré blanc sur le coude de la rivière correspond au quartier français, plus bas sur la gauche un autre carré blanc correspond au Garden District, encore à gauche le long rectangle blanc correspond au campus des universités de Tulane et Loyola. La grosse tâche blanche en haut à gauche est Lakeview.
Plus d’un an après ce désastre naturel, presque rien n’a été fait dans les zones sinistrées. Durant les mois qui suivirent la catastrophe on en était encore à débattre pour savoir si l’Etat fédéral allait aider la ville financièrement alors que la responsabilité de l’agence fédérale du Corps des Ingénieurs dans la faillite totale du système de digues a été prouvée.
Les quartiers touristiques du Vieux Carré et du Garden District, déjà peu touchés par les flots, ont été rapidement réhabilités. En revanche, les 80% de la ville qui ont été inondés sont encore à l’état de chantier. Seule la moitié des habitants sont retournés, dont une quantité disproportionnée de riches qui avaient les moyens d’être relogés quand ils n’avaient pas la chance de posséder des logements sur les hauteurs. Les déplacés qui ne disposaient pas de ressources suffisantes et qui n’ont pas pu non plus être accueillis par leur famille vivent désormais dans des camps de fortune composés de de caravanes agglutinées sur des terrains municipaux. 73 000 familles vivent dans ces conditions, disséminées à travers la Louisiane. D’autres attendent encore des caravanes disponibles et sont forcés de vivre dans leur ancienne habitation en attendant, quand parfois l’eau et l’électricté n’ont pas encore été rétablis. Dans un reportage de M6 on voyait une assistante sociale expliquant qu’un gamin d’un de ces campements se mettait à tracer des lignes au feutre tout autour de ses chaussures, expliquant qu’il s’agissait de la ligne de montée des eaux de Katrina.
Le Texas a accueilli 41 % des déplacés. Selon une étude commandée par cet Etat, 59 % de ceux-cio n’ont pas trouvé de travail et 41% ont des revenus mensuels inférieurs à 500 dollars par foyer.
La ville est désormais blanche à 70% alors que c’etait l’inverse avant le désastre.
Une semaine après la catastrophe le maire Ray Nagin avait convoqué à Dallas une réunion de crise composée d’investisseurs immobiliers et d’entrepreneurs importants de la région, surnommés “les 40 voleurs” par la population, dans le but de préparer une stratégie pour la reconstruction de la ville. De cette réunion est née la Bring New Orleans Back Commission, un organe municipal ad hoc chargé d’organiser la reconstruction et d’élaborer la planification de “New” New Orleans. Cette commission a rendu des rapports préconisant la transformation des quartiers les plus ravagés en parcs naturels ou parcs à thèmes autour du jazz, assortis de casinos et de centres commerciaux alors même qu’une partie des habitants y était retournée et s’organisait pour tout reconstruire. Cela dit en passant la ville de Chicago avait commissionné une étude d’impact sur l’opportunité d’autoriser l’établissement de casinos, il en était ressorti que pour chaque emploi créé dans ce type d’industrie 1,5 disparaissent…
D’après ces mêmes rapports de la commission, si les habitants ne retournent pas en nombre suffisant (40% de la population du quartier avant Katrina) les quartiers en question ne pourront être reconstruits dans leur configuration antérieure, ouvrant la voix aux rêves d’une certaine élite locale d’accomplir la “disneyfication” de la ville, éloignant du même coup les populations noires, débarassant la ville de ces poches de pauvreté et de criminalité, bref un vrai petit monde parfait. Evidemment cela n’est pas aussi simple, et bien que débarassée de la moitié de ces habitants, il y a eu autant de meurtres à la Nouvelle-Orléans en juin 2006 qu’au moins de juin de l’an passé.

Réparation des digues, quartier du Lower Ninth Ward, janvier 2006.
Cette volonté de transformer la ville s’est notamment traduite par le choix délibéré de laisser fermées les cités HLM (Public Housing Projects) alors même que la plupart ont été peu endommagées par les innondations. De même l’office HLM de la ville (New Orleans Housing Authority) prévoit de réduire le nombre d’appartements sous son autorité de 5 100 unités à 2000. Ce mouvement avait déjà commencé avant Katrina puisque des cités furent détruites en 2000 pour y construire à la place des résidences “mixtes” ou seuls 25% des appartements étaient sous l’autorité de l’office HLM.
Des habitants déplacés ont alors mené une action judiciaire contre l’office HLM, qui est encore en cours, tandis que d’autres ont réussi à réoccuper “de force” la cité HLM d’Iberville, au nord du quartier français. Toutefois, d’autres tentatives de ce genre ont été repoussées par la police.
Rien n’est fait pour faciliter le retour des habitants déplacés, au contraire. D’un autre côté la spéculation immobilière fait rage dans des quartiers peu endommagées où les habitations sont rachetées à prix cassés, réhabilités puis vendues à des prix beaucoup plus élevés que les prix du marché avant le désastre à de nouveaux habitants. Un quartier à majorité noire perd ses habitants, un blanc achète une maison et s’y installe, d’autres blancs suivent, le quartier gagne ainsi en valeur, passé de l’état de ghetto à celui d’un quartier de caractère fraîchement rénové. Par ailleurs les loyers ont en moyenne augmenté de 39% depuis Katrina, plaçant nombre de logements hors de portée des résidents déplacés.
Seuls la moitié des foyers ont accès à l’électricité, aussi étonnant que celà puisse paraître au bout d’un an. La compagnie d’électricté locale (Entergy New Orleans, privatisée évidémment) est au bord de la faillite, elle préconise donc une augmentation de ces tarifs de 25% afin de se renflouer. Le hic de l’histoire est que sa société mère, Entergy Corporation, a publié des résultats plutôt encourageants l’an dernier : des profits de 282 millions de dollars pour des revenus élevés à 2,6 milliards de dollars. Bien que ce ne soit pas de la responsabilité de l’entreprise, pourquoi ce poids se reporterait-il sur les habitants à pourquoi y aurait-il un détournement de richesse du peuple vers des sociétés qui réalisent déjà de tels profits, l’Etat ne devrait-il pas jouer un rôle d’arbitrage dans cette affaire, sinon payer le surplus ?
Au niveau de la santé, le plus grand hopital public de l’Etat, le Charity Hospital a du fermer ses portes, et il n’est pas prévu qu’il réouvre à terme.
Autre constat, les écoles publiques de la ville comptaient 56 000 élèves avant le passage de Katrina. Moins de la moitié des établissements ont réouvert, et seuls 12 000 élèves ont pu compléter leur année scolaire 2005-2006, alors même que la moitié des habitants sont revenus…
Le congrès avait débloqué 100 milliards de dollars pour la reconstruction des régions dévastés par l’ouraggan. Où a bien pu passé cet argent ? Qui en a profité ?
Une partie de la réponse est à chercher chez les sociétés bénéficiaires des contrats de reconstruction. Et à y regarder de près, on croit rêver tellement la situation est carricaturale. On savait déjà que des sociétés comme Bechtel et Halliburton, déjà impliquées dans la reconstruction de l’Irak, s’étaient vues confier une part importante des contrats de reconstruction après Katrina. Mais il y a plus intéressant.
La société Ashbritt, basée en Floride, a décroché des contrats d’une valeur 579 millions de dollars pour retirer les débris et gravats répandus par Katrina dans l’Etat du Mississippi. Or cette compagnie ne possède même pas un seul camion pour effectuer un tel boulot ! Elle ne fonctionne que par sous-traitance… Comment a-t-elle pu alors obtenir de tels contrats ? Est-ce une coïncidence si cette même société avait injecté 40 000 dollars dans une compagnie de lobbying anciennement présidée par le gouverneur du Mississippi, ainsi que 50 000 dollars dans la campagne de Bush en 2004 ?
Autre cas intriguant, la société Circle B Enterprises de Géorgie s’est vu confier 287 millions de dollars en contrats de construction de caravanes pour héberger les habitants sinistrés. Pourtant, cette compagnie n’avait même pas de licence l’autorisant à construire des caravanes dans son propre Etat de Géorgie. Cette heureuse compagnie était en faillite en 2003 et ne possède mais pas de site internet !
La plupart de ces contrats ont été évidemment passés sans appel d’offres, publicité ou mise en concurrence, l’urgence de la situation justifiant de telles méthodes aux yeux de Bush.
Naomi Klein avait vu dans les guerres en Irak et en Afghanistan l’émergence du “capitalisme catastrophique” (Disaster Capitalism), basé sur l’idée que les catastrophes humanitaires sont bonnes à prendre car elles permettent la reconstruction et donc les investissements. Ce concept semble s’appliquer parfaitement aux situations de désastre naturel, et d’après ce que l’on voit à la Nouvelle-Orléans depuis un an il a encore de beaux jours devant lui.
Face à cette situation la communauté noire et les classes populaires se sont rapidement organisées. New Orleans était déjà la seule ville du sud a posséder une histoire de luttes sociales réussies et un syndicalisme puissant. De nombreuses associations se sont formées pour défendre les intérêts des habitants face à la municipalité et au secteur privé (on a vu des propriétaires ayant tout perdu contraints par la nécessité de vendre leur maison pour 10 000 $ !), tandis que d’autres organisations communautaires déjà établies ont investi le terrain. C’est le cas d’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now), une organisation apolitique qui s’est donnée pour but de défendre les intérêts des familles à revenus faibles et modérés, qui a lancé une campagne visant à rénover des maisons dans les quartiers touchées par les innondations pour opposer aux autorités municipales le fait accompli de la réoccupation de la ville face aux projets opposés au retour des déplacés.
Un véritable mouvement social a ainsi émergé, un tissu d’associations de quartiers et d’organisations communautaires travaillant sur le terrain pour faire entendre la voix des laissés pour compte et peser sur les processus de décision publique liés à la reconstruction. Ces mouvements utilisent un répertoire d’actions variées (manifestations, pétitions, participation à des débats publics, actions judiciaires, opérations concrètes comme la rénovation de maisons…). La lutte est bel et bien engagée et c’est parti pour durer. La reconstruction de la ville prendra des années, 10, 15 voire 20 ans. Cet immense chantier concentre nombre des questions et problèmes de notre temps : gestion de l’environnement, risques climatiques, intégration des minorités, crise du logement, rénovation urbaine…
Le vrai test est de savoir si le peuple de la Nouvelle-Orléans pourra orienter la reconstruction de la ville comme la majorité le souhaitent face à l’opposition des intérêts particuliers afin d’accueillir dans de bonnes conditions le plus grand nombre de déplacés qui désirent y retourner. Rendez-vous dans 20 ans…
Infos : justiceforneworleans.org
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