La pompe a bon dos


Le prix de l’essence n’arrête pas d’augmenter, notre pouvoir d’achat ne parvient plus à acheter le prix de notre silence, tout fout le camp ma petite dame…

Mais voilà : selon une étude d’une obscure association de consommateurs, la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports), le prix réel du carburant à la pompe aurait baissé entre 1970 et 2005.

C’est que les prix augmentent sur le papier, mais que le coût de la vie augmente aussi, tout comme les salaires (très vite fait pour les salaires), bref il faut tenir compte de l’inflation.

Après ce premier correctif, il apparaît que les prix (moyens) du carburant (moyen = sans plomb+super+gazole) auraient vaguement stagné depuis 1970.

Voici :

Carbu prix constants - courants

Et si l’on regarde du côté des salaires, il fallait 8 minutes de travail avec un salaire moyen en 1970 pour s’acheter un litre, il ne faudrait plus que 4 minutes aujourd’hui (en 2005)…

Voici :

carburant salaires

Et en plus, il paraîtrait que les voitures consomment 30% de moins aujourd’hui qu’en 1970.

Alors, ils font pas fermer leur gueule ces salauds de pauvres et se remettre au travail ? De quoi se plaint-on ? Travailler plus pour rouler plus pour aller plus vite au travail pour…

Seulement, d’autres considérations rentrent en jeu :

Entre la France de 1970 et celle de 2005, quelques changements mineurs sont apparus (foutu pays bloqué), dont deux concernent directement notre question

Soit en vrac :

-Le bip-bop
-Internet
-Les banlieues
-La coupe du monde 98
-La téléréalité
-Les pin’s
-Les supermarchés

Flambée de l’immobilier oblige, on habite de plus en plus loin de son lieu de travail, direction la banlieue, et l’on y va encore très fréquemment en voiture, du moins dans la France d’en tôt qui se lève bas.
De même que Roger et Sylvie avec leurs 1,9 marmots parcourent aujourd’hui plus de km pour faire leurs courses au Super U, tandis que l’épicerie de mémé n’est plus à la pointe de la compétitivité sur les prix.

Ce qui peut nous faire penser, entre autres, que l’on utilise sûrement plus la bagnole aujourd’hui qu’il y a trente ans.

Autre chose : le joli graphique sur le temps de travail nécessaire pour se payer sa dose est basé sur une estimation du salaire moyen, ce qui est très faible comme argument.

Imaginons un pays avec trois habitants.
Gérard gagne 10 euros de l’heure, Maguette 8 euros, Wandrille en gagne 9.
Salaire moyen, 9 euros de l’heure. Jusque là tout va bien.

Imaginons un autre pays avec trois habitants.
Spartacus gagne 1 euro de l’heure, Oncle Tom 1 euro, Jean-Marie gagne 25 euros.
Salaire moyen, 9 euros de l’heure. Y’aurait pas deux couillons dans l’histoire ?

Cette affaire de salaire moyen ne vaut pas grand chose. Et on encule beaucoup de gens avec, en faisant croire que les Français gagnent plus aujourd’hui qu’il y a trente ans (et en effet le salaire moyen, c’est à dire la moyenne de tous les salaires a augmenté), alors que le “salaire médian”, qui est moins sensible aux variations extrêmes, a lui stagné (salaire médian qui partage les Français en deux groupes, la moitié gagnant plus, l’autre moitié gagnant moins que cet indicateur). Donc, pour le salarié “médian” (soit le mec juste au dessus des 50% les plus pauvres), les prix à la pompe n’ont sans doute pas autant baissé en minutes de travail que le second graphique le laissait croire (euh qu’est-ce que ça veut dire ? c’est gavant j’arrête).

Pour finir, entre 2005 et 2008, et pour ce qui est du gazole si je me souviens bien, on est passé de 1 euro et des poussières le litre à 1,4 euros et des poussières le litre. Donc de toute façon, si on pouvait douter pour 2005, en 2008 on se fait bien enculer, si c’était à vérifier… Ce qui me fait penser que c’est très nul d’écrire un article aussi long et chiant pour en arriver à cette conclusion.