juin 4th, 2008
L’Euro 2008 au prix du rouble
Oh putain ça va être dur de garder son calme.
Je ne sais pas sur qui on peut ultimement faire porter la responsabilité de cette connerie (brûlons-le !) mais les gars de l’UEFA sont vraiment des clowns.
Petit rappel des faits : le 2 décembre dernier, à Lucerne — toponyme qui a la particularité de pouvoir être décliné en un charmant anagramme sous la forme d’un verbe du premier groupe commençant par la lettre E — avait lieu le tirage au sort pour déterminer la composition des groupes du premier tour de l’Euro 2008. Et quelque chose me dit que Jérôme Kiervel n’était pas loin.
Comment expliquer que l’on retrouve un groupe avec l’Italie, la France, les Pays-Bas et la Roumanie ?
Soit, au moment du tirage, les 1ère, 2è, 4è et 8è équipes européennes d’après le classement Elo, qui est il, faut bien le dire — et disons-le de go — quand même vachement mieux foutu que le classement FIFA ?
A côté de ça, on va se payer un groupe avec la Suisse, la République Tchèque, le Portugal et la Turquie ! Autant de pays qui n’ont guère plus de culture footballistique à offrir sur le terrain que de main d’œuvre bon marché à fournir sur un chantier (les Suisses mis à part).
Sans parler du groupe de l’Anschluss, entre l’Allemagne, l’Autriche, la Croatie et la Pologne !
Les groupes n’étant pas constitués totalement au hasard (ce qui, soit dit en passant, aurait certainement mieux fait les choses) par quelles procédures crapuleuses a pu-t-on en arriver là ? Penchons nous alors sur la question du panachage des groupes — mot bien trop élégant pour désigner le bricolage qui se cache derrière cette sinistre farce.
Quel est le critère déterminant dans la composition des groupes ? Aussi étrange que cela puisse paraître, les administrateurs de l’UEFA ont choisi un indice qui combinait le nombre de points obtenus par chaque équipe lors des phases de qualification pour la Coupe du monde 2006 et l’Euro 2008. Ce qui est pour commencer une blague en soi quand l’on sait que la France et l’Italie avaient déjà hérité du groupe de la mort lors de la qualification pour l’Euro.
De toute façon, depuis quand la valeur d’une équipe se mesure aux résultats obtenus lors de ses matchs de qualification ? Ça fait 50 ans que l’Espagne est la plus forte pour cet exercice et ils n’ont jamais rien gagné dans les grandes compétitions !
À ce petit jeu si la performance aux matchs de qualification était prise en compte pour le panachage des groupes à la Coupe du monde, l’Australie serait tête de série puisqu’au sein de leur fédération ils passent leur temps à affronter ces gros sacs de polynésiens !
Bref, ce mytho-indice permet alors d’établir le classement suivant, qui ne vaut pas mieux que celui de Shanghai :
1. Suisse*
2. Autriche*
3. Grèce*
4. Pays-Bas
—
5. Croatie
6. Italie
7. République Tchèque
8. Suède
—
9. Roumanie
10. Allemagne
11. Portugal
12. Espagne
—
13. Pologne
14. France
15. Turquie
16. Russie
Ce qui se découpe en quatre chapeaux — encore un bien joli mot — dans lesquelles les équipes seront tirées une à une pour constituer les 4 groupes du premier tour de la compétition (soit dans chaque groupe une équipe issue de chaque chapeau).
Notez que la cote de la France n’a jamais été aussi basse en Europe depuis l’époque de Vichy… Se retrouver dans le même chapeau que la Pologne, la Turquie et la Russie, c’est comme pour une écolière de se retrouver entre Pierrot le Fou, Eric Hornec et Émile Louis, bref c’est plutôt dégradant (que nos amis de l’Est me pardonnent)…
Attendez… Que vois-je, oh, miracle ! La Suisse et l’Autriche se retrouvent tout en haut du classement parce qu’ils organisent le tournoi. Par ailleurs, ces deux équipes ont de loin le plus faible coefficient de toutes les équipes qualifiées (pour le détail des coefficients voir cette page de Wikipedia). Et elles sont 1ère et 2è. La Suisse et l’Autriche. Les nations des inoubliables Stéphane Chapuisat et Anton Polster. LA SUISSE ET L’AUTRICHE !
Mais de qui se fout-on ! Et d’ailleurs c’est quoi cette lubie pseudo-consensuelle qui consiste à faire jouer des Euros dans deux pays à la fois ? Dire qu’on va en plus se payer l’Ukraine et la Pologne en 2012 ! Et pourquoi ne pas faire un Euro co-organisé par le Kosovo, la Macédoine et l’Albanie, comme ça eux aussi auront le plaisir d’être têtes de groupe !?!
Autre miracle, la Grèce est troisième puisqu’elle a gagné le dernier Euro en jouant comme le faisait l’Allemagne à ses heures les plus sombres — elle a pourtant le même coefficient que la Pologne qui est 13è ! On dirait qu’ils jouent au trou du cul là les mecs de l’UEFA (le jeu de cartes, pas l’attitude). T’as gagné le tour d’avant donc t’as le droit d’être en position de force au tour d’après ! Allons, faisons les rentrer directement en finale !
Mais ça ne s’arrête pas là, la suite vaut le détour :
Les 4 groupes constitués, les deux premiers de chaque groupe seront déversés ensuite dans la même partie de tableau pour jouer les quarts. Autrement dit, on a une chance sur deux de se payer un France-Italie en demi-finale, deux matchs après les avoir fessé en poules (ou pas).
Mais ce qui est encore plus beau, c’est que le seul groupe qui tienne la route face au groupe de la France (et encore), celui de l’Espagne, de la Suède, de la Russie et de la Grèce, et bien ce groupe se retrouve dans notre partie de tableau.
Donc, de l’autre côté, un boulevard est ouvert à l’Allemagne qui va filer tout droit en finale, à moins que les Portos ne se surpassent.
Pourquoi ne pas avoir alors croisé les groupes, comme lors de toutes les éditions précédentes (on se souvient qu’en 2004 la Grèce et le Portugal, après s’être rencontrés en poules, ne se sont revus qu’en finale) ?
Là, les mecs ont un argument en or : il faut que chaque équipe ait le même temps de récupération avant de jouer les quarts, au jour et à l’heure près, donc on fait jouer du même côté ceux qui étaient déjà ensemble lors des poules… Ok… Je passe sur les détails de l’argument officiel, je ne vois pas bien ce que ça change, enfin…
Quelle énorme connerie ! Est-ce qu’on exige des Russes qu’ils jouent leur championnat du mois d’août au mois de mai pour que tout le monde se repose vraiment en même temps (rappelons que le championnat russe se joue de mars à novembre pour des raisons essentiellement climatiques mais aussi pour faire des économies sur le kérosène) ?
Tant qu’à faire, pour que tout le monde ait les mêmes chances, pourquoi ne pas panacher les joueurs entre les équipes ? Merde, Ribéry est trop fort, on a qu’à le mettre avec les Roumains !
Dernière chose, et encore un inédit, à partir des quarts, tous les matchs ne se joueront que dans deux stades : au St. Jakob-Park de Bâle et au Ernst Happel Stadion de Vienne.
Pourquoi ? Parce que ces deux pays de vieux radins fascisants ont tellement de tunes et si peu d’intérêt pour le football qu’ils ne sont même pas fichus de se payer des stades corrects. Et qu’à part les deux enceintes susnommées, qui plafonnent respectivement à 42 000 et 53 000 places, les six autres stades ne peuvent accueillir qu’entre 30 000 et 32 000 spectateurs ! La Meinau, à côté, c’est le Maracana. Ça valait vraiment le coup de faire un Euro dans deux pays différents pour se retrouver avec un choix limité à deux stades ! Putain j’en peux plus qui sont les connards qui ont voté pour cette candidature !
Tout ça pour dire que cet Euro marche la tête à l’envers, que la véritable finale aura lieu entre la France, l’Italie ou les Pays-Bas au premier tour, et qu’après ce carnage le suspense se résumera à savoir de qui entre la Pologne ou la Suisse atteindra les demi-finales… La fête est gâchée, il ne nous reste plus qu’à pleurer, ou comme ils le disent si bien chez So Foot, “Varsovie et mourir”…

