When the seagulls follow the trawler, it’s because they think sardines will be thrown into the sea
Eric Cantona
Ce message s’adresse en priorité à tous ceux qui auraient voté à droite aux dernières élections, notamment pour MM. Sarkozy et Bayrou (qui est évidemment de droite, ne nous méprenons pas, car “tout ce qui n’est pas de gauche est de droite” et que la notion de “centre” en politique est une chimère, comme nos amis suisses, admirés pour leur recherche permanente du consensus, l’ont splendidement démontré récemment en propulsant au pouvoir un parti xénophobe-populiste)
Lorsque j’étais adolescent, je méprisais la gauche, et surtout une certaine attitude des gens de gauche. Je trouvais leurs accusations trop faciles, leur indignation surfaite et leurs positions trop “molles” et politiquement correctes, comme si les gens de gauche étaient les seuls à pouvoir parler pour le bien du peuple, comme s’ils étaient les derniers humanistes et l’ultime rempart contre toutes les injustices. Cette position assurément confortable de la gauche m’irritait particulièrement. En France, il est vrai qu’on s’avoue plus facilement de gauche que de droite (d’où la contre-attaque sarkozienne de la droite dite “décomplexée” qui participe surtout à une décomplexification du débat public et à une démonstration obscène du pouvoir conquérant, de l’argent facile et de la mystique du “succès” en général). Ce prétendu “avantage moral” de la gauche n’est pas circonstanciel, mais résulte de toute notre histoire politique, durant la majeure partie de laquelle les hommes de gauche se sont (presque) toujours trouvés du bon côté de l’histoire (de la révolution française à la seconde guerre mondiale, d’où le PCF est sorti auréolé d’un prestige immense en tant que “parti des 300 fusillés”). Au panthéon de la gauche trônaient Gambetta, Clemenceau, Jaurès, Blum ou Mendès-France, tandis que la droite a du attendre De Gaulle pour se trouver une figure et revendiquer un héritage (et encore, dont le marquage à “droite” reste contestable et discuté).
Cet héritage historique glorieux (désolé pour les mecs de droite, mais ce fait est assez bien reconnu, et rien ne sert de ressortir les crimes de Staline pour tenter de faire oublier que l’immense majorité des avancées sociales de ce foutu pays sont parties des rangs de gauche de l’assemblée) a contribué entre autres à forger une mythologie du progrès dont la gauche serait le détenteur légitime, ce qui se traduit souvent par une attitude condescendante, “élitiste” (mot débile, nous y reviendrons) et bien pensante de la part de certains sympathisants de gauche.
Ces gens là, je les tiens en un mépris assez sévère, en ce qu’ils nuisent à l’image de la gauche en général, en plus d’être souvent détestables par nature, et ceux qui me connaissent savent que j’exprime ce sentiment en les assimilant à des “gauchistes”, des “rastaquouères”, ou, plus récemment, sous l’influence déterminante d’un autre Eric, des “hippies”. Il faut d’abord discipliner ses rangs avant de se lancer dans la bataille…
Mais que se passe-t-il aujourd’hui, à travers ces catégories de gauche ou de droite ?
De même qu’il était de bon ton, dans les années 60, de se revendiquer à gauche face à l’immobilisme de la société traditionnelle, il serait alors devenu dans la France contemporaine presque courageux et subversif de se déclarer de droite. De plus, si l’on suit l’analyse commune, le progrès aurait alors changé de camp : les conservateurs seraient à gauche, immobiles et frileux face aux “réformes” déclarées comme inéluctables, puisque que l’on serait rentré dans la “mondialisation”, et que des impératifs économiques exigeraient des sacrifices (allez demander aux Africains et à tous les peuples du Sud si la mondialisation est un fait nouveau, à l’époque pas si lointaine ou ce terme galvaudé aurait pu être remplacé par celui de colonisation ! Eux-mêmes y voient-ils une distinction ?) Récemment, l’émission Ripostes sur France 5 titrait même “Le politique peut-il encore agir sur l’économie ?” comme si l’économie était une machinerie autonome, une réalité transcendante qui échapperait aux contingences de l’histoire et ne s’inscrirait pas dans des rapports de force et des enjeux de pouvoir.
Si l’on suit cette vulgate, on découvre alors des “privilégiés” dans les couches moyennes et populaires (surtout dans le secteur public : profs, cheminots), catégories sociales qui seraient réfractaires à la modernité et au changement et plomberaient la marche triomphante de notre nation vers la modernité et l’efficacité. Comme si les patrons, eux, n’auraient que l’intérêt du peuple en vue… C’est sans doute pour ça qu’ils acceptent de se barrer après avoir plombé une entreprise et ses salariés qu’en empochant des millions, des “golden parachutes” pour bien assurer l’atterrissage de leurs “golden couilles” !
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J’essayerais d’opposer deux réponses à cette vision dominante :
Une première, en limitant la critique au strict plan des idées, en répondant à cette rationalité économique qui ne cache rien de plus qu’une idéologie (la “fin de l’histoire”, la démocratie et le marché comme optimum indépassable).
Les idées économiques libérales, de une, sont contestées empiriquement par les économistes eux-mêmes. La puissance publique, le déploiement des capacités d’organisation de l’Etat, a toujours été instrumentale pour construire les succès économiques, notamment aux Etats-Unis : protectionnisme agricole (comme chez nous) et industriel (Bush a relevé les tarifs sur les importations d’acier), poids du complexe militaro-industriel et des subventions publiques, sans lequels un bidule comme Internet n’aurait pas vu le jour.
Le “marché” ne reste qu’une abstraction, une construction théorique réductrice qui n’épuise pas, loin s’en faut, les possibilités d’action et les interactions concrètes de chaque corps collectif ou individuel de nos sociétés.
Pour ne prendre qu’un exemple, les jeunes cadres dynamique ne décrochent pas un job par le seul jeu de leurs propriétés morales intrinsèques, par leur “mérite” ou leur compétence supposée qu’ils échangeraient sur la marché du travail, mais par tout un jeu social extrêmement conservatoire dont tout le monde ne connaît que trop bien le fonctionnement (réseaux, pistons, etc.) Sans parler de la sélection impitoyable opérée par la socialisation familiale et l’école, institutions qui transmettent globalement les valeurs dominantes et font obstacle aux nouveaux entrants, couches dominées de la population qui tendent à le rester génération après génération, démunies du capital culturel légitime (voir les travaux de Bourdieu).
En ne se basant que sur le plan de “l’efficacité” économique, le libéralisme n’est pas la panacée, les choses sont beaucoup plus complexes, tous les économistes sérieux ou critiques le savent, même ceux qui font semblant d’y croire à la télé (ceux qui sont rémunérés par les intérêts du capital et officient non en fac de sciences éco mais en école de commerce, pour simplifier). Cette vision réductrice est relayée par tout un cortège d’essayistes et de commentateurs qui envahissent nos plateaux télés, en dociles valets de la bourgeoisie (Comme un autre Eric : Zemmour, redoutable roquet qui n’est pas dénué ni de talent ni d’un certain potentiel de sympathie, ce qui le rend encore plus sournois).
Mais là ou l’idéologie libérale devient carrément dangereuse, c’est qu’elle donne sa méthode explicative comme générale et essaye d’appliquer ces raisonnements à une quantité de problèmes qui ne relèvent pas du champ économique, mais du politique et du social, sinon de l’individu dans son existence biologique, dans sa liberté de disposer de son corps et de son temps (toute pensée qui se veut totalisante dans ses explications et cherche à appliquer un modèle général au rapport au monde se reconnaît justement à coup sûr comme une idéologie). Comme le disait Foucault (en 1978 déjà ! dans son cours Naissance de la Biopolitique), c’est comme si le gouvernement se retrouvait face à un “tribunal économique permanent”. Donner de l’argent aux pauvres, c’est du gaspillage des dépenses publiques, le poids de la dette s’accroit ! Les politiques sociales, mais aussi l’éducation et l’hôpital publics sont du gaspillage ! Mieux vaut laisser ça au privé qui gère beaucoup mieux les choses ! Mouvement de privatisation qui atteint des sommets aux Etats-Unis, où à la Nouvelle-Orléans, pour prendre un exemple que je connais bien, les trois quarts des écoles publiques ont réouvert leurs portes depuis Katrina sous la forme d’écoles “autonomes” (charter schools), financées en partie par des fonds privés, et dont la direction peut décider tant du recrutement du personnel enseignant que de la forme et des contenus des programmes. Les universités sont désormais autonomes en France, à quand les écoles ?
En voilà un mythe qui a la dent dure, la prétendue efficacité du privé pour la gestion financière ! Pour connaître personnellement un employé qui travaille à la communication chez Suez Environnement, et ce cas se répète je crois dans toute entreprise importante, un budget énorme passe dans des dépenses somptuaires qui ne visent qu’à rendre plus dociles les employés et à leur montrer qu’ils doivent tout à l’entreprise (cadeaux de toute nature, voyages tous frais payés, retraites et séminaires dans des châteaux…) sans parler de dépenses qui font partie du fonctionnement routinier de l’entreprise et qui me paraissent, peut-être naïvement, disproportionnées (comme chez Suez, payer une agence de pub londonienne des centaines de milliers d’euros pour trouver un nouveau logo et un slogan ! Vous verrez le résultat en février dans une nouvelle campagne de pub pour l’introduction de Suez environnement en bourse, à vous de juger si cela valait le coup, et si les entreprises françaises sont tellement etouffées par la fiscalité qu’elles ne peuvent plus rien se payer) Le sociologue Luc Boltanski a bien étudié ces pratiques dans son classique Les Cadres, la formation d’un groupe social.
Je pourrais énumérer un par un d’autres points à la charge de la “pensée rapide” du marché (la pensée du supermarché ?), mais je vais essayer de faire plus court. Sur cette première réponse, je finirais par dire que, comme par le plus grand des hasards, depuis le moment où les idées libérales sont (re)devenues dominantes, c’est à dire en gros depuis la fin des années 1970, bien consolidées par l’accession au pouvoir de Thatcher et Reagan, les inégalités n’ont cessé de s’accroître. Aux Etats-Unis en 1970, si je me souviens bien, mais le détail des chiffres est secondaire dans cette affaire, pour une entreprise donnée, un patron gagnait en moyenne 30 fois plus qu’un employé. Aujourd’hui, il gagne 400 fois plus ! (en ne considérant pas que son salaire, mais la quantité d’argent qu’il peut mettre de côté grâce à la libéralisation des marchés financiers, sous forme de stock options etc.)
Pour finir sur un exemple concret, qui est je crois très prégnant en France, et qui nous parle particulièrement, en tant qu’étudiants ou jeunes actifs (bien qu’on ne soit “pas les plus à plaindre” pour paraphraser Bouga) : d’après une étude de l’INSEE sortie aujourd’hui, en 1980, les dépenses de logement comptaient pour 12% du budget des ménages français, pauvres ou riches. Désormais, ce chiffre est de 25% pour les ménages pauvres et seulement de 11% pour les ménages riches.
Je ne résiste pas à lâcher un dernier point : la productivité horaire a triplé (si si, triplé) depuis 1970 en France, tandis que le revenu médian, mesuré en termes réels (en annulant les effets de l’inflation), a stagné, voire baissé pour les plus pauvres. On travaille mieux et plus efficacement qu’avant, et on n’est pas mieux payés. Travailler plus pour gagner plus qu’ils disaient !
Pour d’autres infos, je vous renvoie au livre du géographe britannique David Harvey, A Brief History of Neoliberalism. Sur Harvey, voir aussi ce lien :
http://titanus.roma1.infn.it/sito_pol/Global_emp/Harvey
Enfin, pour un très bon argumentaire de combat contre la pensée économique libérale , se procurer absolument Le petit bréviaire des idées reçues en économie, chez la Découverte.
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Je vais maintenant passer à la deuxième partie de ma réponse. Deux bonnes nouvelles pour le lecteur : elle est beaucoup plus courte que la première et beaucoup plus fondamentale, je crois.
Au-delà des querelles de chiffres, et d’une discussion “rationnelle” du sujet, il convient de déplacer la critique sur un autre plan. Sans céder à un relativisme radical, on peut considérer à un niveau que la “vérité” censée trancher le débat nous restera inacessible, ou ne sera accessible que sous différentes formes de rationalités historiquement, socialement et culturellement situées (la raison pure n’existe pas). Les instruments d’accession des problèmes à notre intelligibilté (chiffres, statistiques, catégories cognitives, le langage même, tous ces outils de médiation de la “vérité” scientifique) nous font passer à côté d’un point essentiel, qui n’est pas tant politique que personnel, éthique voire estéthique.
Je vais essayer de ne pas être trop grave ou ridicule (en disant ça je sais et vous savez aussi que je vais l’être, mais bon je me lance quand même), mais je pense que sur notre lit de mort en tout cas, et j’espère avant pour ceux qui ne sont pas encore convaincus, on se rendra compte que toute cette merde pour laquelle on pense se battre ne compte pas.
Quand on regardera notre vie de loin, il ne nous restera plus que les souvenirs d’instants délicieux, les sensations corporelles, les satisfactions quotidiennes, l’accomplissement des sens ou de l’esprit, le partage et les rencontres, le temps qui a passé trop vite, bla bla bla…
La vie est impitoyable (je dis la vie au sens collectif, les discours du style “c’est la vie”, “inch allah” et autres), on pourrait encore dire la vie est une farce, un simulacre, une mascarade (c’est mon point de vue du moins, nécessairement cynique sinon critique, et je crois qu’il est difficile, sauf à vivre dans un couvent, d’être en phase avec ce qu’on se bouffe de violence dans la gueule tous les jours, ne serait-ce que par un certain rapport au monde entretenu par les injonctions médiatiques, publicitaires, culturelles…)
Bref, on se fout de notre gueule tous les jours, et il faudrait ne pas prendre la vie trop au sérieux je crois, sinon d’avoir l’ambition de résoudre tous les problèmes du monde.
C’est pour ça qu’on ne peut pas être du côté de l’ordre, du sérieux, de l’impératif, du devoir sauf se mentir à soi-même. Oui mais, “raisonnablement”, peut-être pas, c’est vrai… On pourra toujours trouver des raisons de favoriser l’ordre, le calcul, la sécurité, par rapport à l’expression, à l’instinct, à la spontanéité, à la création… Or ce n’est pas de raison qu’il s’agit, mais plutôt de sentiments, de sensations, de vie. On reste des êtres de chair et de passions.
“L’homme qui se lève est finalement sans explication” a dit Foucault.
Rien que parce que ça fout le bordel, il faut être du côté des gens qui se lèvent et s’insurgent, sinon on est déjà des vieux cons. C’est pour ces raisons qui ne s’expliquent pas, en dehors de raisons “objectives”, qu’il faut soutenir les grévistes, ainsi que tous les mouvements sociaux, insurrections populaires, spontanées ou organisées. Ce n’est pas que le soulèvement est toujours légitime, mais qu’il se suffit à lui-même, qu’il réveille en l’homme ce qu’il a de plus humain, qui est, je pense, l’indépassable indignation de chacun devant l’injustice, qu’on puisse l’expliquer ou non, qu’on la juge légitime ou non, ce n’est pas ce qui compte.
Ce qui différencie vraiment la gauche de la droite, et c’est très banal ce que je vais dire, c’est une certaine vision de l’homme. Les gens de droite partagent en définitive la notion d’un “pessimisme anthropologique” (là je suis très carricatural, mais bon). Il faudrait être sérieux, prudent, responsable, “moral” pour résumer, sinon le monde court à sa perte… Ce discours a été analysé de longue date (voir notamment Albert Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire). A chaque fois que le peuple réclamait quelque chose, les dominants (de droite) se sont toujours gaussés, pour rétorquer d’un air grave et hautain que ce n’était pas possible, pas réaliste, irrationnel, inconsidéré, que les choses étaient plus compliquées que ça… C’est que les limites de ce qui est raisonnable ou ne l’est pas fluctuent, et que le poids des valeurs dominantes se reflète dans les discours et pratiques des producteurs de savoir légitime qui posent les cadres du débat. Or c’est justement ce “cadre du débat” qu’il faudrait essayer de contourner, et ne pas considérer avec trop de courbettes ou de sérieux, injonction de “sérieux” qui est souvent l’arme des médiocres et des pleutres.
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Je vais revenir un instant sur le mot “élitiste”. J’ai dit auparavant qu’il était débile d’utiliser le mot “élitiste” pour (dis)qualifier les discours politiques. La politique est par définition élitiste, parce que le monde est complexe et incertain et qu’une société ne se dirige pas en suivant un slogan ou un modèle simpliste, que les uns décident toujours pour les autres (ne me parlez pas de “démocratie participative”, ça n’existe pas, c’est un leurre qui s’inscrit pleinement dans ce discours libéral anti-étatique). C’est pourtant une vieille rengaine que de conspuer les “élites”, ce dont témoignent les appels fréquents au “bon sens” du peuple de la part des mouvements dits justement populistes. Si on vote moins dans les classes populaires, c’est souvent par sentiment d’incompétence sur les questions débattues, position qui s’extériorise souvent par des disqualifications d’emblée du style “tous des pourris”, ce qui reste plus confortable que d’admettre sa propre “incompétence” (que je n’ai pas la prétention pour ma part de dépasser, loin de là)…
Ne serait-ce que pour pouvoir parler politique, il y a des catégories à maîtriser, et tout un savoir (d’abord et avant tout linguistique, mais aussi juridique, économique, sociologique…) à mobiliser. La délimitation du savoir légitime à mobiliser pour comprendre le monde et agir sur sa marche est donc l’objet d’enjeux de pouvoir énormes. Ce “savoir politique légitime” est aujourd’hui tiré vers le pôle de la rationalité économique (libérale), en ce sens on fonce droit dans le mur, en obscurcissant les fondements réels du monde social (et par rétroaction, en modifiant les “données” sociales à l’image de cette rationalité par la mise en oeuvre de l’agenda politique libéral, ce qui revient en gros à interposer la circularité d’une “technique” entre l’homme et le monde).
Je disais au début de ce texte qu’étant adolescent, je méprisais les gens de gauche, qui se complaisaient trop souvent dans leur juste vision du monde juste et des idées justes à porter sur ce monde. Je me pensais ni de gauche ni de droite, mais plutôt libéral (libéral sur les questions sociales et économiques, comme beaucoup de jeunes bourgeois de ma génération je pense). J’accordais beaucoup de crédit à la pensée économique dominante (qui était la seule valable), et pour moi l’objectif de croissance était un préalable à toute autre action politique. Comment vouloir penser autrement d’une manière qui soit sérieuse alors que les médias nous bassinaient sur les impératifs économiques à tenir, la mondialisation, la perte de compétitivité de la France, etc. ? (en tant que “jeune”, le problème de “l’insécurité” me gavait, là dessus au moins je n’étais pas encore tout à fait un vieux con) Je n’ai pas pu voter en 2002, ayant eu 18 ans trois jours après le premier tour de l’élection présidentielle. J’hésitais alors entre Chirac et Jospin, ma sympathie étant plutôt dirigée au début vers le grand Jacques. Peu avant le premier tour, mes faveurs se tournèrent vers Jospin, me disant qu’après tout il ne fallait peut-être ne pas être trop sérieux, et qu’instinctivement, je me reconnaissais plus dans les valeurs de gauche, alors que les valeurs de droite étaient celles des “vieux cons”. Les résultats du premier tour furent évidemment un choc. C’est là que le “sérieux” de la politique revient, comme un grand coup de tatane dans la gueule…
Entre la première posture que j’ai présenté en réponse à l’emprise de l’idéologie néolibérale sur le monde social, “rationnelle” et “sérieuse” face au politique, et la seconde posture, plus détachée, désabusée et cynique, il faut maintenir l’équilibre. Les enjeux sont trop importants pour se désintéresser de la politique, l’histoire du XXème siècle l’a montré, même si notre génération paraît se mouvoir dans un monde assoupi, dans les limites de l’occident du moins (RIP Benazir). Et en deça de ces considérations un peu pompeuses, à une autre échelle, la politique agit sur notre vie quotidienne, d’autant plus que l’on se retrouve dans une situation “vulnérable” ou dominée. Reste un énorme problème, comme un obstacle, avant de pouvoir parler concrètement de politique, qui est principalement un problème d’éducation (mot terrible, disons plutôt d’appropriation, de familiarisation, de fréquentation), sans laquelle aucune prise de conscience n’est possible, un problème d’accès à la connaissance et à l’information (il faut bien distinguer les deux !), et problème de représentation, de perception des problèmes légitimes.
Les gens de gauche pensent trop souvent qu’ils ont le monopole de la réflexion politique et de la juste connaissance du monde juste, comme si les gens de de droite n’agissaient que par instinct de réaction, par intérêt économique ou pour satisfaire une terrifiante soif morale. Or il y a bien une rationalité de droite, d’une part économique, ce que Bourdieu appelait la “doxa néolibérale”, mais qui s’inscrit aussi dans un fond culturel plus large, qui pour sa part ne se limite pas à la droite mais caractérise les pratiques politiques positives, un fond chrétien “prévoyant” et “bienveillant” (voir Foucault et son analyse du “pouvoir pastoral”, indispensable, http://www.theses.ulaval.ca/2006/23836/23836.pdf), et le vote de droite se justifie notamment selon les canons et modèles de cette pensée, dont l’efficacité est redoublée par une propension d’ordre épistémologique pour chacun à naturaliser les problèmes sociaux, pensée donc qui “cadre” bien avec le sens commun, avec le “bon sens” populaire domestique. Ne pas sentir cette rationalité se déployer est dangereux, alors que les idées néolibérales tracent leur chemin, de plus en plus sûr et déterminé, à travers tous les champs producteurs de discours, que ce soit dans les institutions de savoir comme les universités, au sein de l’entreprise évidemment, et de manière sans doute la plus visible dans les médias, écrits ou parlés (et par ricochets, dans les troquets, autour de la table familiale, dans les arts etc.) Au-delà de la vigilance individuelle et de la nécessaire distance critique à s’appliquer à soi-même et à son environnement, il faudrait impérativement des dispositifs qui puissent assurer la diffusion d’une pensée critique, en contournant les mécanismes du “marché” (Internet peut y aider, à une échelle microscopique sans doute illusoire, mais bon…)
Cela fait six ans que j’étudie des questions politiques, et je suis pas loin d’en faire mon métier, si les choses se passent comme je l’entends pour le futur. S’il y a une chose que j’ai appris, c’est que les solutions ne peuvent venir que de la gauche (ou de la gauche de la gauche). Plus je lis et en apprends sur le sujet, par mon expérience personnelle aussi, plus mes convictions se renforcent. Mais il faut comprendre l’autre avant de le juger. Le mec qui vote à droite pense avoir tous les éléments en mains afin de formuler son jugement, et évidemment, dans le meilleur des cas, il pense que le choix qu’il effectue est la solution la plus appropriée pour atteindre le “bien-être” général (sinon c’est très simple, c’est un con). Nos lecteurs de droite se reconnaitrons dans ces lignes, j’en suis convaincu ! Sous-estimer cette dimension est non seulement méprisant vis à vis de l’électeur de droite et dangereux pour la crédibilité de la gauche, mais aussi incohérent et futile lorsque cela retombe, et c’est souvent le cas, sur une critique moralisatrice, “gentils” contre “méchants”.
Gentil gauchiste, honte sur toi, car tu es en train de faire le lit des vieux cons !





5 Comments, Comment or Ping
lapinnoir
Yo man, déjà, ça fait plaisir de lire ta prose et ton style de plus en plus efficace… ça me fait pensée à l’histoire d’un curieux petit allemand et sa cousine autrichienne…
hein !!
Bon, je m’attaque à un commentaire de ton analyse !
Tout cela ressemble à une profession de foi, je conçois que tu as besoin de dire ce que tu penses, je suis le premier a le faire, mais la fin de l’article, à mon sens est très pessimiste. A la fin, tu nous dit que l’avenir est la gauche de la gauche, alors que politiquement et démocratiquement ce ne sont pas les plus réaliste. J’ai même peur et je suis choqué que tu te tournes vers cet extreme la. Que tu as perdu ta “droitattitude”, c’est un question perso, ok, mais tomber dans un exteme pareil, autant pire que le FN (et encore il y a pire, le FN n’est que le coupable idéal, le mouton noir de la politique).
C’est vrai que notre position de petit bourgeois ne nous permet de pas trop parler sur le sort de millions de céfran pauvre et cons, mais bien que pas d’accord avec la politique de la gauche, j’en suis dégouter de leurs visions d’aujourd’hui. Ce côté que la gauche a raison, où les vrais idée humanistes viennent d’elles…. JE ne nie pas les avancées sociales des Blum et consort, mais je pense que justement il n’y a plus de clivage de nos jours entre gauche ou droite, il y a une vision républicaine ( ce qui est le important ) et les extremes gauche et droite.
Je suis daccord avec toi, que sur notre lit de mort, toutes ces conneries de sarko, gauche, chomage, economie ne compte plus, mais justement, moi je vis ma vie pour moi à cause de ça, le plus important c’est bien de se dire qu’on a passé une bonne vie à profiter des choses, à se faire plaisir, à claquer 5000€ ds un plasma, à claquer sa thune dans les putes, la boisson et kes jeux de bébé. L’argent, nerf de la guerre, de la vie maintenant, n’est qu’un moyen d’arriver à ses fins. Il faut en avoir, je pense pour passer une bonne vie. Après que certains ont des golden parachute, ben je trouve ça normal, c’est une responsabilité de gerer une entreprise, et je ne vois pas pourquoi cela choque. D’autant que les pauvres profitent aussi à fond du système, alors l’un dans l’autre qui est le plus connard, le plus “capitaliste”, d’ailleurs cette appellation m’énerve au plus haut point, tout comme le terme la mondialisation. Terme trop repris par une gauche de gauche jouant sur la peur des pauvres. Les cocos, la mondialisation, ça fait au moins depuis 1500 que ça existe ! D’autant qu’ils ne s’arretent pas la, en surfant sur la mode du réchauffement environnementale de la planete.
Une honte d’être de droite, oui, tout a fait, est ce n’est pas normal…depuis quand la droite n’est que pour les vieux bourges ??? Justement je suis content que la droite se décomplexifie enfin ! car franchement j’en ai marre et ras le cul de tous les étudiant soit disant gaucho-anarchiste Rastacouere qui bloque les facs avec des grèves inutiles, tout ça parce que ça a glandé et que ça veux faire son petit mai 68, genre on est des rebelles. Empechant l’honnete étudiant d’aller apprendre, pour avoir un taf, et créer son entreprise, chose qui est plus réel, et qui nourrit sa famille et celle de ses employés…
Pour conclure ce comm, une telle profession de foi donnera sur quelque chose ? futur encarté du PCF ?
Et vive Zémour, politologue trop intelligent mais qui je pense est le meilleur analyste politique avec JM Apathie… Moi je voterais pour Zémour !
décembre 28th, 2007
Blond
Yaaaahhaaaa!
Très bel article, vraiment bien écrit et construit !
Bon,je ne te suis pas forcement sur tout, mais je ne vais pas rentrer dans le débat sur un com, ça n’avancerait pas à grand chose et je préfère en parler à vive voix!
Mais continu, ne perd pas la flamme! qui sait peut-être fera tu à nouveau un jour rêver les jeunes, à la place des momies de gauche actuelles qui ne font vraiment rêver plus personne et qui jle sens bien vont de nouveau nous resortir les mêmes rengaines dans 5 ans!
Je retourne à mes dessins et mes jardins, la au moins je sais que ce que j’apporte (ou essaye d’apporter car pour l’insatnt c de l’apprentissage) au gens ce sont des choses simples, comme des sensations, du plaisir de la rêverie, j’en passe et des meilleurs ….
Vive la France jeune ! Et n’oubliez pas : Sans droite, pas de gauche !
décembre 29th, 2007
rooo
Mon cher Nico, tu vise juste et tu touches au but!!!
La guilde des vieux cons(qui souvent sont jeunes) se remettra-t’elle de ton attaque?
La “gauche” ou disons plutot la “non-droite” m’a toujours semblée investie d’une mission à but humaniste, et c’est pourquoi malgré ses nombreux dérapages et mutations je lui accorde ma préférence.
On m’a souvent gentiment traité de hippie, de communiste, d’utopiste (ça pour moi c’est un compliment)J’ai certainement une vision réductrice du problème mais je défendrais toujours “les gens” et je cracherais toujours sur “l’argent” (connard de hippies qui veulent faire du troc ds des tipis oui oui je sais …)
En même temps le jeu politique est tellement une bataille de putes, les coups bas volent, et Brutus assassine César tout les jours, qu’il soit de gauche ou de droite.
La France ne fait que suivre le mouvement général, il faut appuyer sur l’accélerateur économique faire cracher la croissance (oh oui une croissance infinie…) Et la droite est là pour nous le démontrer, il faut que ça bosse que ça consomme que ça innove, que ça pète si on veut rester dans la course, même si, au passage,on écrase quelques gueux.
Drole de course de vieux cons…
Ps: t’assure trop Mec!!
décembre 30th, 2007
Changy68
Vive la gauche décomplexée !
Non les rastaquoueres et autres punks à chiens ne sont pas de gauche !
janvier 3rd, 2008
skunk
Mais bordel, quelqu’un peut-il me dire où ces ces putains de brioches?
janvier 5th, 2008
Reply to “Pour en finir avec les vieux cons”