Je dédie cet article à ceux qui se souviennent d’une époque pas si lointaine, aux balbutiements de la toile, où une génération de post-pubères prenaient d’assaut le réseau non pas tant pour s’adonner aux vices égoïstes du cybersexe mais pour y aborder l’autre sujet de fascination de tout homme, la drogue (l’alcool et le foot étant socialement plus acceptables il n’y avait pas de raison particulière d’investir le net pour s’y procurer des informations les concernant). Mancène et Tom sauront de quoi je parle, comme tous ceux dont les premiers pas sur le net ont été jalonnés par le site du petit rouleur illustré (au fait existe-t-il encore ?)

Ainsi cet article traitera du QAT, un étrusque buisson originaire de la corne de l’Afrique utilisé comme une drogue récréative ou fortifiante. Le qat est d’usage fréquent en Ethiopie, en Somalie et au Yémen. En France, sa détention est illicite tandis qu’il est toléré au Royaume-Uni. La terre de prédilection du qat reste le Yémen où cette plante est l’objet d’une véritable vénération, ce qui a des conséquences économiques et sociales plutôt malvenues. Près des trois quarts de la population adulte masculine en consomme régulièrement, c’est à dire tous les jours après le repas de midi jusqu’au coucher du soleil, paralysant les activités économiques. Cette plante nécessitant des quantités d’eau importantes, les meilleures terres y sont consacrées au détriment des cultures vivrières. Enfin, les cas de cancer liés à la consommation de qat sont en augmentation à cause de l’emploi de plus en plus fréquent de pesticides sur les cultures.

Venons en au fait : le qat est un arbuste d’apparence tout a fait anodine, aux petites feuilles vertes dont la forme évoque le laurier et à l’odeur discrète. Ce sont les feuilles qui sont consommées (voire les tiges par les plus téméraires), c’est à dire mâchées puis stockées contre la joue (gauche ou droite mais pas les deux en même temps !). En stockant les feuilles de la sorte, on arrive à la longue à former une boule, le but du jeu étant d’aspirer la sève qui s’en écoule. Il faut compter quelques heures de consommation pour arriver à une boule de taille honorable, en général tout ce processus dure au minimum 3 à 4 heures. Il est souhaitable de mastiquer une quantité très importante de feuilles pour profiter pleinement de l’expérience, quitte à en dissuader plus d’un de perséverer dans ce rituel. Quand l’usager est rassasié, la boule est recrachée. La surface interne des joues et les gencives peuvent avoir été légèrement irrités par la mastication.

Le qat se consomme frais, il faut alors l’acheter le jour même sur le “marché à qat” dans n’importe quel souk du nord du Yémen. On le trouve sous forme de petites branches de quelques centimètres de long, vendues dans un sac plastique, à un prix abordable pour le touriste (compter 1 à 3 euros pour un sachet moyen permettant d’occuper une après-midi) mais plutôt élevé pour les yéménites, engloutissant des parts conséquentes de leur maigre pouvoir d’achat. Avant de le consommer, il est important de rincer les feuilles à grande eau puis de les faire sécher un peu. Pour être facilement mâchées et afin d’éviter toute sensation désagréable, les feuilles doivent être les plus souples possibles. On reconnaît un bon qat à la finesse de son feuillage. Les premières feuilles libèrent un goût âpre, avant que l’on s’y habitue et que la mastication devienne plus agréable, quoi que d’une saveur légèrement acide. Le qat étant astringent il est conseillé de boire en grande quantité pendant que l’on en mâche. Pour cette occasion les Yéménites raffolent du Fanta à la fraise… Préférez de l’eau fraîche ou des jus de fruits. Il faut également prendre garde à ne pas avaler les feuilles pendant que l’on boit.

Qu’en est-il des effets ? Les principes actifs du qat sont des neurotransmetteurs proches des amphétamines, l’effet est donc euphorique. Mâcher du qat (ou “qater”) délie les langues, et fait rendre l’usager plus attentif à son environnement, stimulant sa pensée tout en inhibant ses actions. En gros, on devient “aware” au sens VanDammien du terme, “au taquet” ou encore “Ã bloc” selon la terminologie des années 2000. Les effets mettent un temps variable à se déclarer, de quelques minutes jusqu’Ã trois bonnes heures, et en général un novice doit mâcher du qat à deux ou trois reprises pour obtenir une expérience satisfaisante. Quoi qu’il en soit, le qat n’est pas vraiment “violent”, les sensations sont plutôt agréables et diffuses, bref pas de bad trip reporté à ce jour. Le qat a également l’avantage de couper la faim et de tenir éveillé, en ce sens il doit avoir un effet similaire aux feuilles de coca.

En se balladant dans des souks yéménites on rencontre plus que fréquemment des commerçants affalés dans leurs boutiques une tige de qat à la main, la joue gonflée à bloc. Les chauffeurs de taxi (pour maintenir leur attention) et surtout les militaires (parce qu’ils ont que ça à foutre de la journée) sont également de bons clients du qat. Il arrive aussi de croiser dans les rues des enfants gatés de 8-10 ans des feuilles à la bouche. Les femmes font également usage du qat, dans une moindre proportion, confinées dans leurs quartiers. Les plus belles pièces des habitations yéménites y sont consacrées : ce sont les “mafrages”, des sortes de séjours souvent situés en terrasse dont les coins sont couverts de coussins décrivant un U ouvert sur la porte. Les Yéménites proposent volontiers du qat aux touristes qu’ils croisent, geste symbolique puisqu’il ne vous tendront en général pas plus qu’une branche de leur précieuse plante.


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admin a dit,
27-3-2007 à 00:27:55 IP 62.129.180.1501996….le petit rouleur illustré
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